Porchet Léonore · Nationalrat · 2022-05-31
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2022-05-31
Wortprotokoll
Le groupe des Verts partage l'avis du Conseil fédéral et celui du groupe du Centre: il faut limiter l'augmentation des primes payées par les assurés, c'est vrai, parce que c'est une charge énorme pour la population. Mais il faut aussi rappeler que, alors que les primes de l'assurance obligatoire des soins finançaient encore 30 pour cent des coûts de la santé lors de l'introduction de la loi sur l'assurance-maladie, elles en financent aujourd'hui la moitié. Les primes, donc, augmentent aussi parce que nous finançons de plus en plus par le biais des primes; et si nous ne financions toujours que 30 pour cent des soins de santé par le biais des primes, comme en 1996, alors les primes seraient, aujourd'hui, inférieures de 20 pour cent.
C'est terrible pour les familles. Il faut rappeler que 400[NB]000 personnes sont aux poursuites en raison des primes d'assurance-maladie; 10 à 20 pour cent renoncent à des prestations pour des raisons de financement.
Mais, l'allègement de la charge des payeurs de primes n'est pas la réduction des prestations. Nous rejetons les plafonds de coûts pour les soins de santé, car les personnes qui dépendent d'un système de santé financé par la solidarité en pâtiraient; nous avons peur de la médecine à deux vitesses et ce Parlement devrait aussi en avoir peur.
Un pays riche comme la Suisse peut sans problème se permettre des coûts de la santé à hauteur de 11 pour cent de son PIB en tant que communauté solidaire. En fait, le problème en Suisse ce n'est pas les coûts, mais bien leur répartition.
La politique de santé pourrait alors se concentrer davantage sur l'utilité individuelle, sociale et économique des soins de santé, ainsi que sur une gestion intelligente du système - je pense notamment à la coordination des soins et à la prévention, au lieu de réfléchir uniquement à la réduction des coûts.
N'oublions pas que notre excellent système de santé est constitué de ressources. Une des ressources les plus importantes de notre pays est constituée de dépenses rentables, d'investissements dans la santé, dans la qualité de vie de la population et d'investissements économiques et scientifiques pour des emplois générés qui ne sont pas délocalisables. Cela favorise la prospérité. Néanmoins, il faut le dire, certaines personnes gagnent trop ou même trichent sur le dos de notre santé. Mais l'initiative pour un frein aux coûts et même le contre-projet indirect ne s'attaquent pas au fond du problème, je pense par exemple aux médicaments sous brevet au prix exorbitant, ou au fait que nous ayons soixante départements marketing, soixante salaires de CEO, soixante locaux dans chaque ville, de soixante caisses-maladie, pour favoriser une pseudo-concurrence!
Le groupe des Verts salue les quelques avancées dans le contre-projet; il pense par exemple à la lutte contre la réitération inutile d'actes médicaux ou à la question des tarifs différenciés. Mais le groupe des Verts constate aussi que la majorité de la commission a refusé d'intégrer la notion de qualité dans le contre-projet. C'est bien pour cela que nous risquons, si nous ne prenons pas en compte la qualité, de rendre plus difficile l'accessibilité aux soins et d'aller vers une médecine à deux vitesses.
C'est pour cela que le groupe des Verts vous invite à soutenir la minorité I Hess Lorenz, ainsi que la minorité I Prelicz-Huber, qui demandent que dans le système de tarification Tarmed - et nous espérons un jour Tardoc - nous puissions réajuster aussi s'il le faut les différents tarifs vers le haut.
La proposition qui découle des travaux de la CSSS est éloignée des buts des Verts en matière de santé publique. C'est [PAGE 821] en fait une vision pauvre de la santé. Pour les Verts, une vraie vision de la santé, c'est le maintien des gens en santé, il faut donc investir là où c'est indispensable: dans la prévention. C'est ici que des économies peuvent être réalisées, afin d'éviter que les plateaux techniques chers soient occupés par des gens qui ne devraient pas y être, favoriser la médecine communautaire, agir sur les déterminants sociaux et environnementaux de la santé. Je pense par exemple aux 14[NB]000 personnes hospitalisées chaque année pour des raisons environnementales, notamment de pollution de l'air.
Ici nous pouvons agir, ici nous avons des possibilités de faire baisser les coûts. Cette vision qui nous est proposée dans le débat d'aujourd'hui est vraiment une vision très pauvre de la santé. Pour cette raison, une partie du groupe des Verts va s'abstenir, une partie va refuser l'entrée en matière sur le contre-projet et une partie entrera en matière, parce qu'il y a quand même des choses positives dans ce contre-projet, je l'ai dit.
Pour finir, je dirai qu'au lieu de continuer à pratiquer une politique "y a qu'à, faut qu'on" contre cette initiative, il faut mettre enfin en place des réformes fondamentales visant à renforcer l'idée de la santé comme un service public, ainsi qu'à étendre la gestion publique et le financement social du secteur de la santé. Nous appelons à une loi sur la santé ou au moins à une loi sur la prévention.