Polla Barbara · Nationalrat · 2003-03-03
Polla Barbara · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2003-03-03
Wortprotokoll
Le groupe libéral adhère en principe à la politique des quatre piliers du Conseil fédéral en matière de drogue, mais désapprouve par contre le poids respectif donné à chacun des piliers.
En effet, la répression, les thérapies orientées vers l'abstinence et surtout la prévention ne bénéficient pas d'un soutien suffisant, d'après nous, au regard de l'aide à la survie dont il s'agit en l'occurrence.
Le Parti libéral suisse s'était, en 1999 déjà, clairement opposé à l'inscription dans la loi, par voie d'arrêté fédéral, de la prescription médicale d'héroïne à titre de traitement. Les libéraux ont pourtant soutenu, et seraient prêts à continuer de le faire, les programmes de prescription d'héroïne entrant dans un vrai cadre d'étude, et surtout d'évaluations scientifiques, tels qu'ils avaient été conduits à l'époque, à Genève notamment. Je vous rappelle d'ailleurs que la prorogation de l'ordonnance PROVE aurait alors parfaitement permis de poursuivre ces études; études indispensables, car il n'est pas juste d'administrer de l'héroïne au titre de traitement sans que les bénéfices salutogènes durables pour le toxicomane lui-même ne soient clairement établis.
Or, pour l'instant, les évidences manquent. En 1999, un rapport de l'OMS, qui avait été alors fallacieusement interprété, le soulignait: "Les études n'ont pas apporté d'évidences convaincantes que la prescription médicalisée d'héroïne conduit à de meilleurs résultats que la prescription de méthadone, et ceci même pour des patients ayant déjà présenté des échecs à la méthadone." Le rapport nous dit [PAGE 7] aussi qu'il n'est pas possible de déterminer si les bons résultats - car il y en a, nous ne le contestons pas - sont à attribuer à l'héroïne elle-même ou aux soins auxiliaires qui entourent la prescription, ou encore aux deux. Mais comment pourrions-nous imaginer soutenir une prescription médicale de l'héroïne si, en fait, c'étaient les soins et l'attention qui comptaient et non pas l'héroïne elle-même?
Trois points encore:
1. La justification de cette nouvelle prorogation serait les retards des travaux, nous dit-on, les retards si bien regrettés par Mme Ménétrey-Savary. Eh bien, les retards des travaux, cela se traite par une accélération des travaux et non pas par l'héroïne.
2. 18 ans. M. le rapporteur Gutzwiller a insisté sur le fait qu'il fallait avoir au moins 18 ans pour entrer dans le programme. Mais 18 ans, est-ce bien un âge pour baisser les bras, pour préférer la prescription médicale d'héroïne aux thérapies orientées vers l'abstinence?
3. L'un des arguments retenus pour la prescription d'héroïne et souligné par pratiquement tous les préopinants, vous l'avez entendu, c'est la baisse de la criminalité, donc l'avantage social et, pire, le moindre coût. Trouvez-vous vraiment qu'il est adéquat, qu'il est juste, qu'il est éthique d'administrer de l'héroïne à des toxicomanes pour diminuer la criminalité et parce que cela coûte moins cher? L'héroïne aux toxicomanes et la paix pour la cité, voilà qui fait frémir si l'on pense où ce genre de position peut mener.
Nous frémissons, nous libéraux, et même si le peuple a voté oui en 1999, nous ne saurions apporter notre soutien à une prorogation qu'il n'approuverait pas. Nous voulons attendre la fin des travaux de la commission de façon à pouvoir juger de l'ensemble des propositions et les soumettre à nouveau au peuple.
Nous soutiendrons donc la proposition de non-entrée en matière Waber et nous vous invitons à en faire de même.