Dandrès Christian · Nationalrat · 2022-09-21
Dandrès Christian · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-09-21
Wortprotokoll
Depuis 20 ans, les classes moyennes et populaires voient leur pouvoir d'achat s'éroder, principalement du fait des augmentations de loyers et de primes d'assurance-maladie; ce sont des charges incompressibles.
En 20 ans, les loyers ont augmenté en moyenne de 20 pour cent, et je ne parle pas des hausses massives qui ont lieu à chaque changement de locataire. Pour les primes d'assurance-maladie, c'est encore pire: elles ont doublé. Comme elles sont payées par tête, elles frappent plus durement les salariés des classes moyennes et populaires que des personnes qui ont des revenus importants. Par contre, durant la même période, les salaires, eux, n'ont pas suivi. [PAGE 1580]
Nous sommes aujourd'hui à la veille d'une probable récession du fait d'une augmentation importante des taux de la Réserve fédérale américaine et de la Banque centrale européenne, qui risque de faire chuter l'économie mondiale et donc d'avoir aussi un impact sur l'économie d'exportation de la Suisse. C'est la situation de base.
Aujourd'hui, la population est en plus confrontée à une inflation galopante; on parle de 3,4 pour cent, mais je pense que ce chiffre reflète mal la réalité à laquelle les classes moyennes et populaires vont être confrontées. Pourquoi? Parce qu'on parle surtout de charges incompressibles. Pour ces charges, il n'y a pas d'échappatoire possible.
Si vous regardez quelques données, il y a 27 pour cent d'augmentation pour l'électricité, 10 pour cent d'augmentation annoncés dans certains cantons pour les primes d'assurance-maladie, 30 pour cent de hausse du prix des carburants. Puis il y a également les loyers: beaucoup de baux ont été indexés ces dernières années; les bailleurs vont pouvoir répercuter 100 pour cent de l'indice des prix à la consommation, soit 3,5 pour cent. C'est sans compter les frais accessoires: selon le Immo-Monitoring du Crédit suisse, ce sont 40 pour cent de plus que les locataires vont devoir supporter.
Il y a un autre aspect, le fait que ces hausses sont soudaines, brutales et massives. Il y a un risque réel que des pans entiers de la population soient précarisés. Des projections ont été faites, notamment par l'Union syndicale suisse, qui montrent que, pour une famille au salaire médian avec deux enfants, il y aurait une perte de presque 5000 francs, c'est presque un mois de salaire. Pour les classes populaires, il y a donc, le risque de basculement dans la pauvreté.
Caritas a donné quelques chiffres. Il y a aujourd'hui environ 8 pour cent de la population qui se trouve en dessous du seuil de pauvreté - comme vous le savez, le barème est très bas. Si on regarde la population qui se trouve légèrement au-dessus, soit celles et ceux qui touchent 500 francs de plus que le revenu minimum, c'est 10 pour cent de la population. Donc le risque, avec l'inflation, avec l'augmentation des prix et des charges incompressibles, c'est qu'il y ait 700[NB]000 personnes de plus qui tombent en dessous du seuil de pauvreté; cela représente plus que la population cumulée des villes de Zurich et Genève.
Il faut absolument apporter une réponse politique rapide, efficace et concrète. Par conséquent, le groupe socialiste s'est allié au groupe du Centre - une alliance de circonstance - pour agir en faveur des retraités et des familles des classes moyennes et populaires. Ces propositions sont une réponse tout à fait adaptée puisqu'elles ont pour objectif une adaptation des rentes à l'indice des prix à la consommation et une augmentation de 30 pour cent, Mme Meyer l'a dit, des subsides pour réduire les primes d'assurance-maladie. Ce seraient principalement les classes moyennes et populaires qui bénéficieraient de ces aides.
Ces mesures de soutien aux consommateurs ne régleraient évidemment pas le problème sur le fond. Là, il y aurait un travail à faire, et ce travail est en lien avec les salaires. Des hausses de salaire sont absolument indispensables sur le moyen et le long terme. Dans d'autres pays, des hausses de salaire ont été accordées. Notamment dans le secteur de la métallurgie, en Allemagne, le syndicat IG Metall a livré une intense bagarre et a finalement pu obtenir une augmentation de 6,5 pour cent des salaires.
Il faut aussi soutenir la population à long terme en renforçant le service public afin d'augmenter le pouvoir d'achat des ménages. Le Parti socialiste y travaille ardemment, notamment par son initiative sur les crèches et pour l'accueil extrafamilial. La récolte de signatures est encore en cours. Nous vous encourageons vivement à la soutenir.
Vous me permettrez de terminer par un commentaire sur les textes déposés par le groupe UDC, qui parlent de socialisme et d'Etat obèse. Franchement, il n'est pas digne de traiter ainsi les besoins et la détresse d'une partie de la population auxquels le groupe du Centre et le groupe socialiste souhaitent répondre avec leurs propositions. Les titres et le contenu des textes du groupe UDC sortent tout droit d'un délire maccarthyste. Cela va si loin qu'on a le sentiment qu'il fait mentir Molière qui, dans "Tartuffe", écrivait: "On veut bien être méchant, mais on ne veut pas être ridicule." J'insiste là-dessus.
Face à cette crise, la population mérite au contraire du respect et de l'attention. C'est ce que nous proposons avec le groupe du Centre dans nos deux propositions.