Nicolet Jacques · Nationalrat · 2022-09-21
Nicolet Jacques · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2022-09-21
Wortprotokoll
Malgré une situation alimentaire mondiale extrêmement préoccupante, le Conseil fédéral a décidé, le 13 avril dernier, de publier un nouveau paquet d'ordonnances, cela au détriment de la production de denrées alimentaires et en ne respectant pas la décision populaire de 2017 visant à renforcer la production alimentaire. L'une des mesures vise à consacrer, dès 2024, 3,5 pour cent des terres ouvertes à de nouvelles surfaces de biodiversité. Sachant que les agriculteurs suisses consacrent déjà plus de 165[NB]000 hectares de surfaces à la biodiversité, cette nouvelle mesure condamnera près de 10[NB]000 hectares de bonnes terres agricoles consacrées actuellement à la production alimentaire à devenir de nouvelles surfaces de biodiversité. Il faut imaginer que si nous cultivons ces 10[NB]000 hectares en blé panifiable, c'est une production de près de 160[NB]000 tonnes de blé qui, transformées en farine par le secteur de la meunerie, permettra ensuite aux artisans-boulangers de confectionner plus de 70[NB]000 tonnes de pain, ce qui couvre les besoins annuels de près de 1,7 million d'habitants durant une année, soit la consommation d'un habitant sur cinq de notre pays.
Lors du Forum économique mondial de Davos en mai de cette année, David Beasley, directeur du Programme alimentaire mondial des Nations Unies, déclarait: "Le protectionnisme agricole se répand dans toute l'Asie, et c'est une mauvaise nouvelle pour la sécurité alimentaire mondiale déjà mise à mal par la guerre en Ukraine." Il a ajouté encore que la situation alimentaire était pire aujourd'hui que ce qu'elle avait été en 2007-2008. Cette prise de position faisait suite à l'annonce faite par plusieurs pays asiatiques de restreindre leurs exportations de denrées alimentaires. L'Inde, après avoir restreint les exportations de blé, a décidé de restreindre également les exportations de sucre, dont elle est le deuxième exportateur mondial.
La Malaisie stoppait l'exportation de sa production de poulets, alors que plus de 40 millions de ceux-ci étaient exportés vers Singapour, la Thaïlande, le Japon et Hong-Kong. Renforcée par la situation liée au conflit ukrainien, la tendance est donc à la fermeture de certains marchés alimentaires mondiaux, ce qui entraîne un bouleversement général des mécanismes et du marché alimentaire mondial.
Dans son avis du 18 mai 2022 en réponse à ma motion 22.3105 qui demandait un renforcement de la production alimentaire, comme dans son avis à cette présente motion, le Conseil fédéral nous assure que l'approvisionnement du pays, tant en moyens de production qu'en denrées alimentaires, est actuellement garanti. Il mentionne encore que "en cas de pénurie grave", "la Confédération peut en premier lieu libérer des réserves obligatoires", "restreindre les quantités vendues sur le front de la distribution et rationner" - oui, Mesdames et Messieurs: rationner - "les denrées alimentaires". Il précise encore que "des mesures d'optimisation de la production agricole indigène" pourraient être prises en cas de "grave pénurie susceptible de durer plus d'un an".
La position du Conseil fédéral interpelle, car elle est en totale contradiction avec celle du directeur du Programme alimentaire mondial de l'ONU sur un sujet pourtant sensible et totalement d'actualité. Alors que l'approvisionnement mondial s'est péjoré, notamment en raison de la guerre en Ukraine et de nombreuses périodes de sécheresse, il est certain que le marché mondial de denrées alimentaires va être totalement bouleversé durant plusieurs années et que la Suisse ne sera pas épargnée. Sachant qu'aujourd'hui déjà près de la moitié du contenu de nos assiettes est importé, le Conseil fédéral fait preuve d'une bien triste et faible vision de la situation alimentaire mondiale.
La production de denrées alimentaires ne se fait pas d'un coup de baguette magique. Le cycle de vie d'une plante, depuis le stade de la production de la graine qui sera semée jusqu'à la récolte de la culture à maturité, prend régulièrement plus d'une année. Or, si nous voulons planter des pommes de terre au printemps 2023, il faut produire des plantons durant cet été 2022 déjà. De même, les semences de blé pour la récolte de 2023 qui fera votre pain en 2024 doivent être aujourd'hui déjà prêtes, afin d'être semées le mois prochain.
Afin de renforcer la production de denrées alimentaires indigènes durant cette période de crise, je voulais vous demander de soutenir ma motion qui charge le Conseil fédéral de reporter le projet visant à consacrer 3,5 pour cent, soit près de 10[NB]000 hectares de surfaces en terre ouverte, à de nouvelles surfaces de biodiversité.
Toutefois, et comme vous le savez certainement, ce matin le Conseil des Etats a validé ce même texte de motion. Je préfère rester prudent et poursuivre le processus parlementaire par le traitement de cette motion qui sera effectué par la Commission de l'économie et des redevances du Conseil national. Ne voulant pas prendre le risque de perdre sur cette motion devant ce Parlement, une majorité étant relativement difficile à obtenir, sachant que certains parlementaires font de belles de promesses aux paysans en périodes électorales, mais qu'ils les oublient vite, je retire ma motion.