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Porchet Léonore · Nationalrat · 2022-09-27

Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2022-09-27

Wortprotokoll

J'annonce tout d'abord mes intérêts: je préside la fondation Santé sexuelle Suisse qui est la faîtière des organisations de santé sexuelle de ce pays.

Avoir le choix et disposer de moyens contraceptifs appropriés est la condition préalable au droit de toute personne de décider par elle-même si, quand et combien d'enfants elle souhaite avoir. C'est aussi un des meilleurs moyens de diminuer le nombre d'avortements dans le pays. C'est un droit reconnu sur le plan international et fixé dans l'Agenda 2030.

En 2017, en Suisse, 78 pour cent des femmes de 15 à 49 ans et 61 pour cent des hommes de 15 à 75 ans rapportent utiliser un moyen de contraception. Mais selon le classement de l'atlas européen de la contraception, la Suisse se situe tout juste dans la moyenne en termes d'accès à la contraception, une situation qui est comparable à celle de pays comme l'Italie, la Croatie, la Bulgarie ou la Turquie. En Suisse, en fait, l'information sur les moyens de contraception est très bonne; c'est le financement qui pêche.

Pour des raisons de santé, et parce que la contraception concerne tout le monde, il y a nécessité de garantir un accès à la contraception. Une résolution de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe appelle les Etats à améliorer l'accès à la contraception, qui doit être considérée comme un service de santé essentiel faisant partie des soins de santé généraux.

Il faut rappeler que la précarité menstruelle est une réalité en Suisse. La crise du Covid-19 l'a montré. Face à la crise, Santé sexuelle Suisse, en collaboration avec la Chaîne du bonheur, a débloqué un fonds d'urgence en faveur de [PAGE 1760] la contraception: 82[NB]000 francs. Avec une moyenne de 492 francs par demande, le fonds a été épuisé.

La demande que je fais dans mon postulat est assez simple: analyser l'accès à la contraception en Suisse pendant la crise du Covid-19. Car il y aura d'autres crises, d'autres moments où l'accès à la contraception sera rendu difficile pour les femmes, pour les hommes et pour les couples. Il faut donc étudier les moyens d'améliorer l'accès à la contraception, car c'est un droit indissociable du droit à la santé. Il n'y a aucune assurance réelle que cet accès ait été préservé durant la crise du Covid-19. Des questions restent en suspens. Par exemple: y a-t-il eu des retards en matière de vasectomie? Ont-ils été rattrapés? Y a-t-il eu des difficultés particulières à se procurer certains types de contraception? Le taux de fertilité a-t-il été plus élevé durant la pandémie? Ce qu'on voit, c'est que ces dernières années le taux d'avortement a légèrement augmenté en Suisse.

Le Conseil fédéral se dit conscient que les obstacles financiers des personnes en situation précaire peuvent entraver la liberté de choix des moyens de contraception. Pour se prémunir contre une grossesse non désirée, le Conseil fédéral estime pourtant que c'est une responsabilité individuelle. Mais avec la crise du Covid-19, nous avons vu qu'il y avait des difficultés à avoir accès à la contraception. La première d'entre elles était la précarité financière de certaines familles, qui est une barrière importante à l'accès à la contraception. Mais nous avons aussi été confrontés à la fermeture de centres de santé sexuelle et à la difficulté d'obtenir des rendez-vous auprès de praticiens et de praticiennes, par[NB]exemple[NB]pour[NB]renouveler[NB]l'ordonnance pour le contraceptif.

Il faut rappeler que notre responsabilité sociétale dans son ensemble consiste à veiller au bien-être et à la santé des citoyennes et des citoyens. Il y a des disparités cantonales et communales importantes quant au soutien financier nécessaire pour lutter efficacement contre la précarité menstruelle et contraceptive. Il faut rappeler aussi qu'en Suisse la contraception n'est pas prise en charge par l'assurance-maladie. L'expérience quotidienne des centres de santé sexuelle démontre le besoin urgent d'un financement durable de la contraception et démontre surtout qu'il y a un problème. C'est bien ce que je demande au moyen de ce postulat: étudier ce problème. Est-ce que cette précarité contraceptive augmente en cas de crise? Que faire lors d'une éventuelle prochaine crise?

C'est bien pour ça que je vous demande de soutenir, et je vous en remercie, ce postulat.