Nidegger Yves · Nationalrat · 2022-12-12
Nidegger Yves · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2022-12-12
Wortprotokoll
Je n'avais jamais pensé que l'on débattrait un jour, dans cette salle, d'une motion qui aurait un contenu aussi authentiquement religieux que celle-ci. Au centre de cette motion, vous avez un mystère. Quoi de plus religieux que le mystère auquel on vous demande de croire? Aucun des membres de la commission n'a jamais vu de thérapie de conversion. Personne ne sait ce que c'est. On ne sait même pas si cela existe. Mais comme c'est très mal, il convient que nous légiférions sur quelque chose que nous ne connaissons pas. Bonne chance pour trouver une typicité à quelque chose d'inconnu!
Ensuite, la conversion même est un thème religieux, et ce d'autant plus lorsqu'elle est à sens unique. Il y a un catéchisme actuellement dispensé dans les écoles à propos d'une théorie très à la mode en ce moment qui est la fluidité du genre et la transidentité. Tout cela est très bien, mais si quelqu'un devait vouloir autre chose, alors cette autre chose serait criminalisée. On vous demande à vous, le législateur suisse, d'avoir une espèce de vérité officielle qui émanerait du droit pénal, avec la menace de la sanction pénale sur la parole de ceux qui auraient un autre avis. C'est assez soviétique comme démarche. En ce sens, c'est également très religieux.
Il y a une absence de débat. Un an, jour pour jour, avant aujourd'hui, le 16 décembre 2021, notre collègue von Siebenthal déposait un postulat par lequel il demandait au Conseil fédéral un rapport. L'idée de thérapie de conversion était discutée, on en parlait. Notre collègue voulait savoir, premièrement, si cela existait en Suisse; deuxièmement, quel serait le préjudice concret enduré au cas où l'on devrait subir cette chose-là et quelles en seraient les problématiques; troisièmement, s'il y avait un vide juridique et s'il fallait, pour combler cet éventuel vide juridique, légiférer et autour de quoi. [PAGE 2264]
Il n'en a pas fallu beaucoup plus pour qu'un lobby fasse déposer plusieurs textes similaires demandant à ce que l'on coupe ce débat: "Pas question de laisser le Conseil fédéral revenir avec un rapport qui nous dira ce dont il s'agit! Il faut immédiatement donner l'ordre au Conseil fédéral de légiférer sur le mystère, en l'existence duquel on vous demande de croire!" On est dans la religion, je le répète: celle du dogme.
Ce qui vous est proposé ici est une conversion à sens unique, qui va sacraliser l'acte médical. En d'autres termes, le bistouri est sacré, la parole est criminelle! Il se trouve juste que la parole, cela peut se retirer, se modifier, rester souple et "révisable". Le bistouri est quelque chose de définitif.
Il y a eu, de tout temps, un certain nombre de jeunes garçons qui se sont rêvés en femmes. Depuis que l'on pratique le catéchisme scolaire de la fluidité du genre, on a une épidémie de jeunes filles qui se trouvent mal dans leur genre. Tout adolescent, et c'est normal, se pose de grandes questions sur son identité au moment de l'adolescence. Et au lieu de se dire "je me sens mal dans mon genre parce que je suis adolescent", on se dit "je me sens mal parce que je me suis fait assigner le faux genre". J'ai eu dans ma pratique d'avocat à connaître des cas où après une consultation et demie, un thérapeute donnait à une mineure, parce qu'aujourd'hui l'épidémie est féminine, une prescription pour de la testostérone et pour l'ablation des seins. La testostérone est un truc qui marche assez bien sur les vieux messieurs qui n'en produisent plus assez. Cela peut marcher éventuellement comme booster sur les adolescents mâles dont la puberté tarde. Mais sur un corps féminin, la testostérone est absolument déconseillée. Cela peut susciter des embolies, par exemple, et cela a toutes sortes d'effets absolument inadaptés sur le corps d'une personne féminine. L'ablation des seins, évidemment que ce n'est pas recommandable non plus. Et c'est surtout irréversible.
Il y a un cas - parce que les Anglais sont un peu en avance sur nous - qui a été jugé de mémoire il y a trois ans par la "High Court of Justice" de Londres, qui a condamné un hôpital parce qu'une jeune fille qui était passée sous le bistouri n'était plus véritablement une jeune fille, mais constatait qu'elle n'était pas non plus devenue un garçon pour autant, et attaquait en réparation l'hôpital qui lui avait fait cela.
Chers collègues, les idées à la mode, il faut s'en méfier un peu. Après Mai 68, la grande idée était l'éveil à la sexualité précoce. Vous vous souvenez, la pédophilie était pratiquement une chose recommandée, il était répressif d'empêcher les enfants d'accéder à la sexualité, il était libérateur de les y amener.
Trente ans après, on a eu la marche blanche.
Aujourd'hui, la pédophilie est considérée comme le crime absolu et je vous assure qu'un jour il y aura aussi une marche blanche sur le changement de genre par médication. Evitez cela. Attendez que le rapport soit présenté et que l'on sache de quoi on parle avant de légiférer.