Amoos Emmanuel · Nationalrat · 2022-12-14
Amoos Emmanuel · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-12-14
Wortprotokoll
Lors du traitement par notre Parlement de l'initiative du Parti socialiste qui vise à limiter la charge des primes d'assurance-maladie à 10 pour cent du revenu des ménages, je vous avais interpellé, avec le Conseil fédéral, en vous demandant si vous viviez dans une bulle. La question reste malheureusement ouverte concernant le traitement, ce matin, de l'initiative "Mieux vivre à la retraite", qui vise au versement d'une treizième rente mensuelle chaque année, à l'image d'un treizième salaire.
Comment, comment ne pouvez-vous pas vous rendre compte des difficultés financières que doivent affronter beaucoup de nos concitoyennes et concitoyens au moment de leur retraite? Je me demande vraiment si vous ne vivez pas en circuit fermé uniquement entourés de gens bien nés?
Aujourd'hui, votre position est encore bien pire que lors du traitement de notre initiative sur les primes d'assurance-maladie, car vous ne voulez même pas d'un contre-projet, balayant même les mesures proposées en faveur des ménages de retraités les plus défavorisés.
La majorité de notre Commission de la sécurité sociale et de la santé publique a même eu le toupet d'affirmer que l'AVS et les prestations complémentaires permettent d'assurer, aujourd'hui déjà, "la subsistance économique des personnes à la retraite". C'est affligeant!
Je vous propose de relever le défi et d'essayer de vivre durant un mois avec 1800 francs. 1800 francs, c'est la rente AVS moyenne versée à nos retraités dans ce pays. Ce revenu est certes souvent complété par une rente du deuxième pilier, mais je rappelle qu'une partie importante de la population n'en bénéficie toujours pas. Les femmes sont particulièrement mal loties en matière de rentes. Un tiers des femmes ne reçoit pas de prestations LPP. Et lorsqu'elles ont une caisse de pension, leur rente du deuxième pilier est en moyenne la moitié de celle des hommes, car leur parcours de vie est marqué par des coupures professionnelles, du travail à temps partiel et des salaires plus bas.
Faites le test qui consiste à vivre un mois avec 1800 francs. Vous vous apercevrez alors qu'il est très clairement impossible de vivre décemment avec ce montant dans notre pays. Car une fois le loyer et les primes d'assurance-maladie payés, il ne reste pratiquement rien pour se vêtir et se nourrir. Je ne parle pas de potentielles dépenses de loisirs, mais[NB]bien[NB]de[NB]permettre de couvrir les besoins de première nécessité.
La majorité de notre commission nous explique également qu'en raison des perspectives financières incertaines du premier pilier, il n'est pas acceptable d'augmenter les rentes.
Selon les perspectives financières de l'AVS présentées par l'Office fédéral des assurances sociales, le fonds AVS passe d'un montant de 46 milliards de francs en 2020 à près de 66 milliards en 2030, niveau historiquement le plus haut jamais enregistré; c'est donc une augmentation de 20 milliards de francs en 10 ans. Dire que les perspectives de l'AVS sont incertaines, alors que le fonds va augmenter en moyenne de 2 milliards de francs par an est pour le moins surprenant, et cela ne peut être pris au sérieux comme base de décision de notre assemblée.
La commission nous explique également que le budget fédéral ne permet aucune dépense supplémentaire. Chères et chers collègues, au moment où vous avez décidé d'augmenter le budget de l'armée de plusieurs milliards de francs par an - on parle d'une augmentation de 4 milliards de francs à l'horizon 2030 -, vous ne nous avez pas expliqué comment notre pays allait financer cette augmentation de budget. Vous avez aussi augmenté le budget de l'armée sans savoir à quoi allaient être alloués ces montants supplémentaires, nous avons en gros fait un chèque en blanc à l'armée. Aujourd'hui, nous savons au moins à quoi serviraient les montants supplémentaires versés.
Il faut renforcer l'AVS, afin que, après une vie professionnelle astreignante, les travailleuses et travailleurs, qui ont contribué à la prospérité de notre pays, obtiennent enfin une rente financièrement correcte et puissent vivre dignement.
Pour le financement de cette initiative, je demande à ce Parlement de faire enfin preuve d'un minimum de créativité. Il suffirait par exemple, en plus d'une faible augmentation des cotisations salariales, de mettre en place une taxe sur les transactions financières, telle que proposée par notre collègue conseiller aux Etats du groupe du Centre Beat Rieder.
Il ne s'agit ici que d'un exemple de financement concret et plausible parmi tant d'autres. Rien n'est impossible, il ne s'agit que de la volonté politique de ce Parlement de s'attaquer ou non à la pauvreté de nos retraités.
Chères et chers collègues, l'AVS est la pièce maîtresse du système de sécurité sociale en Suisse, la renforcer ne peut qu'améliorer la cohésion sociale de notre pays.
Soyons à la hauteur de nos prédécesseurs qui dans cette salle ont eu le courage politique de créer l'AVS il y a 75 ans. [PAGE 2356] Soyons solidaires et offrons enfin un bol d'air bienvenu aux retraités de notre pays.
Je vous prie d'accepter la minorité Maillard et ainsi de recommander l'acceptation de l'initiative pour une treizième rente AVS.