Lexipedia

Addor Jean-Luc · Nationalrat · 2022-12-15

Addor Jean-Luc · Nationalrat · Wallis · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2022-12-15

Wortprotokoll

A l'instar de M. Pointet, la minorité de la commission voit les tirs obligatoires comme un anachronisme, un anachronisme inefficient de surcroît. Elle ne voit pas leur utilité dans une guerre moderne. Voyant quand même que leur suppression menacerait les sociétés de tir et la culture du tir dans notre pays, elle considère en outre que l'on pourrait en quelque sorte les découpler des cours pour jeunes tireurs, du tir en campagne et des fêtes de tir.

Pour illustrer la position de la majorité, je peux d'abord dire que je suis évidemment très impressionné par le palmarès de M. Pointet, un peu moins par ce qu'il en retient. Pour ma part, je suis un modeste capitaine à la retraite. Après un peu plus de 1000 jours de service, je suis encore astreint au tir obligatoire, et au tir en campagne aussi, pour pouvoir conserver mon fusil d'assaut en prêt. Mon expérience de ces tirs, c'est que, lorsque j'arrive au stand, il y a toujours un contrôle de mon arme, il y a toujours plusieurs moniteurs qui supervisent ce qui se passe dans le stand, y compris pour des vieux comme moi. Pour autant, cela n'a rien à voir avec[NB]la[NB]gabegie[NB]que M. Pointet décrit et que je n'ai jamais constatée.

La guerre moderne maintenant: en Ukraine, on observe évidemment l'engagement d'armes de haute technologie, mais aussi un élément dont on ne saurait se passer, même dans une guerre moderne, c'est le combattant individuel avec son arme personnelle, qu'il doit maîtriser. Et c'est bien à cela que servent les tirs obligatoires.

Les tirs obligatoires seraient un anachronisme inefficient. La réalité, c'est qu'ils demeurent tout à fait modernes. En effet, il n'y a pas toujours suffisamment de temps pour faire du tir de précision ou du tir formel pendant les cours de répétition. Or, il existe un lien clair entre le tir de combat et le tir de précision, parce qu'un bon tireur bien entraîné sera toujours meilleur qu'un mauvais tireur, au stand comme au combat. Le tir de précision, en particulier dans le cadre des tirs obligatoires, permet donc de s'entraîner, ce qui garantit les aptitudes de nos militaires au tir de combat et, par là, leurs capacités opérationnelles en cas de mobilisation.

Le deuxième intérêt des tirs obligatoires, c'est la sécurité. Ils permettent de rafraîchir la mémoire ou les doigts, si j'ose dire, des militaires dans la manipulation de leur arme d'ordonnance et permettent ainsi de lutter contre l'usage abusif des armes militaires. En effet, les tirs obligatoires ne permettent pas seulement de cultiver une tradition suisse du tir, mais favorisent aussi ce que l'on pourrait appeler une culture du tir. En d'autres termes, une fois par année, même en l'absence de cours de répétition, le militaire se familiarise à nouveau avec tout ce qui a trait au respect de l'arme, un objet dont la détention et la manipulation impliquent des responsabilités. En somme, il s'agit du sens des responsabilités comme élément de prévention des accidents.

Cette espèce de piqûre de rappel d'instruction formelle a un grand intérêt pour la sécurité. Il existe des exemples, à l'étranger, qui illustrent cela. En France, par exemple, après les attentats de 2015, les gendarmes ont reçu l'ordre de se déplacer entre leur lieu de service et leur domicile avec leur arme; s'en est suivie une augmentation spectaculaire du nombre d'accidents. En Suisse, nous avons une bonne instruction au tir et, contrairement à ce que pense M. Pointet, le niveau moyen de tir est largement supérieur à[NB]celui[NB]de[NB]beaucoup[NB]de[NB]pays pourtant dotés de très bonnes armées.

D'expérience, pour ces motifs, les tirs obligatoires contribuent aussi à éviter des accidents. Voilà pourquoi la majorité considère qu'il vaut mieux continuer à investir dans la sécurité que de laisser le niveau moyen de tir se dégrader.

M. Pointet veut économiser, mais soyons sérieux, il ne s'agit, il faut bien le dire, que de bouts de chandelles par rapport au budget de notre armée. En outre, cette proposition fait peu cas d'un élément d'une valeur inestimable: c'est l'engagement, dans le cadre des tirs obligatoires, d'une multitude de bénévoles.

Pour la majorité, cette initiative parlementaire porterait objectivement un coup très important aux traditions suisses du tir ainsi qu'à toutes les sociétés de tir de ce pays, qui font vivre non seulement une tradition, mais aussi - je le répète - une culture du tir qui contribue à la sécurité, à l'armée aussi bien que dans la société civile.

Voilà pourquoi, par 15 voix contre 10, la commission vous propose de ne pas donner suite à cette initiative.