Crottaz Brigitte · Nationalrat · 2023-02-28
Crottaz Brigitte · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2023-02-28
Wortprotokoll
Avec l'initiative qui nous est soumise, la commission propose une dérogation à l'obligation d'avoir travaillé trois ans dans un établissement suisse reconnu de formation postgrade pour que des médecins originaires de l'Union européenne puissent pratiquer à charge de l'assurance obligatoire des soins, et ceci dans quatre domaines qui souffrent de pénurie. Cette dérogation serait décidée par les cantons si l'offre en soins est insuffisante sur leur territoire dans les domaines concernés.
Vous en avez toutes et tous entendu parler. Vous y avez peut-être même été confrontés pour vous-même ou un membre de votre famille: impossible de trouver un médecin généraliste ou, pour vos enfants, un pédiatre. Pour ma part, je l'ai vécu lorsque j'ai cessé mon activité au sein de mon cabinet médical et que je me suis mise à la recherche de médecins pour reprendre le suivi de mes patientes et de mes patients. Des dizaines de coups de téléphone, autant de refus: "Non, désolé, nous ne prenons plus de nouveaux patients."
Un assouplissement de cette règle des trois ans obligatoires au sein d'un hôpital suisse est ainsi nécessaire lorsqu'il y a un risque de pénurie, notamment dans certaines régions périphériques, mais aussi tout simplement pour succéder aux médecins partant à la retraite.
Cette situation découle, du moins en partie, d'une mauvaise planification de la formation des médecins. Le moratoire interdisant l'installation de nouveaux médecins pendant plusieurs années les a fait se diriger vers des spécialisations et non vers une formation de généraliste. L'autre cause est le manque de valorisation des spécialisations en médecine générale, pédiatrie ou psychiatrie, beaucoup moins lucratives que d'autres, plus techniques.
Ces deux dysfonctionnements ne vont pas être corrigés par cette disposition dérogatoire, mais cette dernière va permettre d'apporter une bouffée d'air dans ces quatre spécialités actuellement sous pression.
A celles et ceux qui souhaiteraient exclure la psychiatrie et la psychothérapie d'enfants et d'adolescents de cette dérogation, je vous rappelle les répercussions sévères sur la santé mentale de la pandémie de COVID-19.
L'augmentation des pathologies dans ce domaine, conduisant à de nombreuses demandes de prise en charge psychiatrique, a été largement documentée. La couverture dans cette spécialité est clairement insuffisante et doit donc pouvoir bénéficier de cette dérogation, sous peine de conduire à des situations dramatiques.
Cette dérogation est limitée dans le temps et son efficacité, voire son éventuelle prolongation, devront être évaluées au cours des quatre prochaines années.
Je vous remercie d'accepter le projet issu de cette initiative parlementaire, qui va permettre de répondre de façon rapide à la pénurie observée dans différentes régions.