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Cuche Fernand · Nationalrat · 2003-03-13

Cuche Fernand · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2003-03-13

Wortprotokoll

Suite aux déclarations de M. Schlüer, je pense que la position du groupe écologiste sera un peu différente.

Mais j'aimerais lui dire ceci, en ce qui concerne sa grande peur par rapport aux manifestations: dans certains milieux, il y a le réflexe de parler de Gênes, mais pas de Florence et de ce qui s'y est passé. Là-bas, plusieurs centaines de milliers de personnes ont manifesté, et ça s'est déroulé de façon tout à fait acceptable, démocratique, ouverte. J'étais à Porto Alegre où 70 000, 80 000 ou 100 000 personnes ont manifesté, et il n'y a pas eu de débordements. Donc, cela pose la question de savoir si l'on s'organise pour recevoir ces gens, dans quel état d'esprit on le fait et si on a la même disponibilité à l'égard de ces gens que celle exprimée jusqu'à maintenant à l'égard du G8.

Le groupe écologiste ne contestent pas le droit à des chefs d'Etat démocratiquement élus de se rencontrer et de pouvoir disposer d'une protection. Nous respectons par là un certain nombre de conventions internationales et qui fonctionnent à satisfaction dans notre pays; nos voisins nous témoignent leur reconnaissance pour cela. Nous ne contestons pas non plus le fait que les chefs d'Etat du G8, en particulier, font peu l'objet d'un soutien populaire, d'une adhésion spontanée, d'un accueil. A ma connaissance, à l'heure actuelle, aucun comité populaire de soutien n'a été constitué. C'est, je dirai, même tout le contraire: l'opposition est grandissante, d'envergure, et je vous rappelle que le week-end dernier à Genève, ce sont 300 à 400 personnes qui se sont réunies pour coordonner les manifestations à l'occasion du G8.

Nous considérons les membres du G8 comme un conclave de maîtres du monde autoproclamés. Le G8 n'est pas l'exécutif d'une organisation internationale qui a un mandat pour parler de l'avenir du monde et des grandes conséquences d'un certain nombre de décisions politiques. Certes, le G8 invite à sa table, disons dans le "petit salon", une trentaine de chefs d'Etat, africains ou du Sud-Est asiatique sauf erreur, c'est-à-dire des chefs d'Etat de pays émergents ou de pays en voie de développement, à l'image, un peu, du Forum économique de Davos, qui, ces dernières années, a ouvert une porte à une forme de dialogue social, notamment sur la responsabilité et le développement durable.

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Mais, au-delà de ces considérations, les raisons essentielles de notre refus d'entrer en matière portent sur les points suivants.

Au cours de ces dernières années, les réunions du G8 ont provoqué une montée en puissance - et ça, c'est un terme militaire - de l'opposition, et bien sûr des moyens nécessaires à mettre à disposition pour sécuriser les endroits où les maîtres du G8 se réunissent. On observe le même phénomène lorsque les chefs d'Etat de gouvernements membres de l'Organisation mondiale du commerce se réunissent. On a vu notamment qu'une des réunions de l'OMC a dû se dérouler au Qatar, rendant difficile l'accès démocratique aux personnes qui auraient envie de manifester. Et tout le monde se souvient aussi de cette retraite du Sommet du G8 dans une vallée très difficile d'accès au Canada.

Lorsque nous parlons de ces grands rassemblements, nous sommes de moins en moins dans les enjeux politiques et nous sommes de plus en plus incités à discuter d'armée, de forces de police, de gardes rapprochées: est-ce qu'on autorise que des gardes rapprochées pour des chefs d'Etat éminents pénètrent dans le territoire avec toute leur force de protection? Et, bien sûr, par rapport à cette augmentation des dépenses nécessaires, on demande: qui paye? Je tiens à évoquer ici, par exemple pour le Forum économique de Davos, l'image de notre ministre de la défense qui se déplaçait avec une valise à la main suivi de quelques conseillers pour savoir à quel moment il devrait prendre une décision importante en cas d'attaque.

Face à cette évolution, nous ressentons en tant qu'élus un profond malaise. Nous ressentons un profond malaise parce que ce sont quand même des gens qui ont été démocratiquement élus, mais qui provoquent un soulèvement populaire extraordinaire. Jusqu'à maintenant, ni le DDPS, ni le DFAE n'ont manifesté la moindre réserve à l'égard de réunions du G8, à l'égard de réunions de l'OMC qui provoquent des mobilisations de plus en plus fortes des forces de protection, et on ne pose pas la question politique fondamentale: comment est-ce possible que nous en arrivions là? J'imagine quand même que, dans le cas d'une réunion de chefs d'Etat influents qui décident de l'avenir de la planète, s'ils avaient pris quelques bonnes décisions dans le sens d'un développement plus équitable, dans le sens d'un développement durable, on devrait avoir des milliers de personnes qui se réunissent pour leur dire: "Bravo, continuez comme ça!" Et puis, on amende les propositions.

C'est tout le contraire qui se passe! Et nous aurons pour le G8, mettez-vous bien ça dans la tête, un exercice militaire d'ampleur, avec la mobilisation de 4500 personnes! A la Commission de la politique de sécurité, nous avons évalué les risques en présence des experts, et nous pouvons déclarer aujourd'hui que la région lémanique sera pendant trois jours, et bien avant les trois jours du Sommet, sous contrôle. Nous sommes presque dans un contexte de pré-guerre lorsque nous prenons connaissance des mesures qui vont être prises.

Je conclurai en disant que, dans un tel contexte, qui doit alerter les élus que nous sommes - imaginez que la guerre soit déclarée contre l'Irak, sans mandat de l'ONU; quelle va être alors la tension politique à Evian, sur la côte lémanique, dans une telle situation? -, nous demandons que le gouvernement propose l'annulation du Sommet du G8. Pour ce qui est des propositions de non-entrée en matière et de renvoi, nous soutenons la proposition de la minorité III (Fehr Jacqueline) et les propositions Teuscher et Zisyadis.