Lexipedia

preparatory:AB 317566

Hurni Baptiste · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2023-03-15

Wortprotokoll

Le droit aux vacances payées est un acquis social essentiel qui a été arraché de haute lutte par les mouvements syndicaux. Jusqu'en 1966, le droit aux vacances était réglementé exclusivement par les négociations entre partenaires sociaux. A cette date, la durée minimale était fixée à deux semaines avant de progresser moins de vingt ans plus tard, en 1984, à quatre semaines de vacances payées au minimum. Ce droit social ne sera plus étendu depuis. Une initiative populaire en faveur de cinq semaines de vacances échoue en 1985, une autre en faveur de six semaines de vacances a été refusée par les deux tiers des votants en 2012.

Mais le monde, depuis 1984 ou 2012, a changé. Oui, le monde, en particulier le monde du travail, a changé. Tout d'abord, la frontière entre la sphère privée et la sphère professionnelle s'est beaucoup estompée. On pourrait presque parler en faisant un mauvais jeu de mots d'une libre circulation entre les deux sphères, dont le fondement est à trouver dans les nouvelles technologies. C'est le message WhatsApp du patron qui est envoyé après les heures de travail et auquel il faut bien répondre; c'est l'appel sur le portable pour une urgence professionnelle; c'est encore la boîte mail librement accessible et le dernier e-mail auquel on n'a pas pu répondre pendant la journée de travail et auquel on donne rapidement suite quand on arrive à la maison le soir. Cette impossible déconnexion a des conséquences très concrètes, sérieuses et graves sur la santé des travailleuses et des travailleurs puisque le nombre de burn-out, de dépressions et d'autres maladies dont la cause est à trouver dans le monde du travail a explosé depuis 2012.

Ces changements inhérents au monde du travail justifieraient à eux seuls déjà une augmentation de la durée minimale des vacances. Mais il y a plus. Notre pays et tous les pays qui l'entourent ont traversé, comme nous le savons tous, la crise du coronavirus en préservant l'essentiel. Mais dans cette crise terrible, notre société a constaté qu'elle reposait sur toutes ces professions dont les travailleuses et travailleurs sont mal [PAGE 540] payés, mal protégés et qui seraient concernés par mon initiative parlementaire: c'est l'employé de la petite épicerie du village qui a livré les courses aux personnes âgées et à risque; ce sont les professions qui gravitent autour du système sanitaire. Car, certes, les professions médicales au sens strict connaissent déjà des vacances plus longues, mais il s'agit ici des professions qu'on voit moins, à savoir celles et ceux qui nettoient, qui enregistrent les arrivées et qui s'occupent de toute la logistique de la santé.

Mais ce sont aussi les employés du secteur de l'hôtellerie-restauration qui ont su montrer une capacité d'adaptation hors du commun. Ce sont, enfin, les employés agricoles qui, eux aussi, ont dû continuer leur labeur dans des circonstances extraordinairement difficiles. Notre société s'est reposée notamment sur ces personnes durant la crise du COVID-19, et il nous semblerait fair-play de témoigner aujourd'hui notre reconnaissance en augmentant le minimum du droit aux vacances.

En définitive, on le dit et on le redit aujourd'hui: on manque de main-d'oeuvre dans notre pays. Mais pour attirer davantage de main-d'oeuvre, convaincre d'augmenter son temps de travail, faire venir des personnes de l'étranger, il faut être compétitif, ce qui passe aussi par de meilleures conditions-cadres de travail. Augmenter d'une semaine le droit aux vacances fait naturellement partie de ces conditions-cadres, et là encore, cela plaide pour l'acceptation de cette initiative parlementaire. Cela est d'autant plus vrai qu'aujourd'hui, en Suisse, les travailleuses et les travailleurs ont en moyenne 4,9 semaines de vacances. Alors certes, certains en ont 6, d'autres en ont 4, mais cela signifie quand même que cette mesure n'est pas excessive ou impossible à payer par l'économie. Ainsi, on pourrait améliorer les conditions de travail, diminuer les maladies professionnelles, envoyer un message clair à celles et ceux sur lesquels notre économie a reposé pendant le COVID-19, et attirer davantage la main-d'oeuvre dont nous avons besoin, tout cela pour un coût qui ne semble pas de prime abord astronomique. Disons un grand oui. Voilà les quelques raisons pour lesquelles il faut accepter la proposition de minorité Funiciello, et donner suite à cette initiative.

Si tous ces arguments ne suffisent pas, demandez-vous bien, combien de vacances vous avez prises ces douze derniers mois. Combien de vacances chacun d'entre vous a-t-il prises ces derniers mois? Si c'est plus de quatre semaines, ne privez pas les autres de ce dont vous avez pu profiter, et donnez suite à notre initiative.

preparatory:AB 317566 | Lexipedia | Lexipedia