Cottier Damien · Nationalrat · 2023-04-11
Cottier Damien · Nationalrat · Neuenburg · FDP-Liberale Fraktion · 2023-04-11
Wortprotokoll
Le 19 mars 2023 est un moment de honte dans l'histoire économique de la Suisse. Un établissement bancaire faisant partie des fleurons de notre pays, Credit Suisse, a dû être sauvé par l'action concertée de son principal concurrent, UBS, et celle du Conseil fédéral, de la Finma et de la Banque nationale suisse (BNS). Laisser la situation évoluer d'elle-même aurait vu le reste de confiance dans l'établissement continuer de s'effondrer, et cela aurait créé, par réaction en chaîne, le risque d'une crise financière mondiale. Credit Suisse n'avait-il pas la même taille que Lehman Brothers, tout en étant ancré dans une économie 30 fois plus petite?
Lundi 20 mars 2023 aurait pu être un tsunami économique pour le monde et surtout pour la Suisse, avec des coûts sur le plan économique chiffrés en centaines de milliards pour notre pays, voire jusqu'à plus de 1000 milliards dans les scénarios les plus pessimistes! Il fallait agir, évidemment, pour que nos PME puissent payer leurs salaires et leurs factures, de même que les ménages, pour que notre système économique et celui, déjà fragilisé, du monde ne s'effondrent pas. Sinon, cela aurait provoqué des faillites, des licenciements et des crises sociales.
Responsabilité, vous avez souligné ce mot, Monsieur le président de la Confédération. C'était la responsabilité du gouvernement, de la BNS et de la Finma d'agir. Ils ont assumé cette responsabilité. Le gouvernement a agi rapidement et, je dois le dire, pour une fois en toute discrétion. Il a agi avec fermeté, efficacité et doigté. Monsieur le président de la Confédération, je pense aussi à l'action de Mme Keller-Sutter, cheffe du Département fédéral des finances, avec vos collègues et les dirigeants de la BNS et de la Finma, vous avez évité un tsunami économique pour la Suisse et pour le monde. Le groupe libéral-radical vous en est reconnaissant. C'est cela gouverner.
Oui, il y a une frustration profonde à ce que nous en soyons arrivés là, qu'il ait fallu utiliser une nouvelle fois ce fameux droit de nécessité. Mais dès le moment où la situation était celle qui s'est développée entre le 15 et le 19 mars, il n'y avait pas le choix: il fallait agir!
Le groupe libéral-radical est convaincu que parmi les scénarios possibles, celui qui a été choisi était la solution la moins mauvaise et la moins risquée pour les finances publiques et pour l'économie suisse. Il y aura encore beaucoup de travail et de questions à régler, mais l'action décisive du Conseil fédéral a permis la stabilisation des marchés et a permis qu'il ne se passe au fond "presque rien" le lundi 20 mars, là où un tsunami aurait pu engloutir notre économie.
Reste une frustration importante évidemment face à cette débâcle, frustration que nous partageons, avec aussi évidemment des pensées pour les personnes affectées, en particulier les employés des deux banques et leurs familles, qui vivent dans l'incertitude.
Si nous en sommes arrivés là, c'est dû à la culture de la banque en question, active sur les marchés mondiaux. Des managers surpayés ont pris des risques inconsidérés, n'ont pas respecté des règlementations et ont exposé l'établissement à des risques financiers et de réputation très importants, excessifs. Que ces dirigeants aient conduit la banque vers le gouffre tout en étant surpayés est moralement inacceptable, et c'est sur ces dirigeants que la honte du 19 mars tombe, et sur eux seuls. Le Conseil fédéral a bien fait de prendre des mesures pour bloquer une partie des bonus, et il faut tout entreprendre pour que ceux du passé puissent être restitués si possible.
La régulation "too big to fail" devra évidemment être revue, car elle n'a fonctionné qu'en partie. Mais il faut éviter des décisions prises à la hâte ou excessives: des exigences supplémentaires, par exemple dans le domaine des fonds propres, n'auraient certainement pas évité cette crise qui portait sur une question de liquidités et de confiance. Or, la confiance ne se décrète pas dans une loi!
Monsieur Aeschi, on peut attaquer les autres partis à coups de mitraillette; ça défoule peut-être, mais je ne crois pas que cela soit très utile pour faire avancer notre pays!
Le Conseil fédéral a pris ses responsabilités, de même que la BNS et la Finma. La Délégation des finances a pris ses responsabilités. Tout à l'heure, le Conseil des Etats a pris ses responsabilités. Maintenant, c'est au Conseil national de prendre les siennes, sans se cacher derrière des conditions plus ou moins réalistes et des excuses plus ou moins sincères.
Je vous le demande en conscience: voulons-nous vraiment aujourd'hui créer un chaos et une excitation dans des marchés financiers déjà fébriles? La réponse est limpide: il n'est pas temps de jouer aux apprentis sorciers. Notre conseil doit aujourd'hui, lui aussi, faire preuve de responsabilité. C'est son devoir à l'égard du pays.