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Pasquier-Eichenberger Isabelle · Nationalrat · 2023-05-30

Pasquier-Eichenberger Isabelle · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2023-05-30

Wortprotokoll

Je déclare aussi mes intérêts: je suis vice-présidente de l'ATE Suisse et membre du comité de l'initiative des Alpes.

Pour toutes celles et tous ceux qui reconnaissent qu'il est urgent et primordial d'agir pour limiter le changement climatique et qu'il faut réduire le trafic dans les villes pour améliorer la qualité de vie de celles et ceux qui y habitent, le projet débattu aujourd'hui, visant à investir 5,3 milliards de francs pour développer les autoroutes et accroître leurs capacités, n'est tout simplement pas acceptable.

Il y a trois raisons à cela. D'abord, c'est contre-productif. Les études le montrent: développer les routes favorise toujours leur usage et a pour conséquence un plus grand nombre de voitures et de camions sur les routes, donc plus de trafic sur les autoroutes ainsi que sur les voies d'accès à destination des villes. Les sept projets discutés généreront un trafic supplémentaire dans les agglomérations; ils augmenteront le nombre de voitures, ce qui va à l'encontre de toutes les[NB]politiques[NB]publiques qui sont mises en place par les communes et les cantons pour réduire le trafic dans les centres-villes.

Ensuite, c'est climaticide, parce que le trafic routier est aujourd'hui responsable de 37 pour cent des émissions de gaz à effet de serre produites en Suisse, ce qui en fait la première source indigène de CO2. En 2023, nous devons avant tout prendre des mesures pour réduire le trafic, partout où c'est possible, en offrant des alternatives attractives pour la population.

Enfin, c'est irresponsable parce que ces élargissements se font toujours aux dépens de terres arables, de surfaces vertes et arborisées, alors qu'il est aujourd'hui primordial de préserver les surfaces agricoles et les coins de biodiversité afin de conserver les capacités de production indigène pour être en mesure, à l'avenir, de nourrir la population.

C'est la fausse solution à un vrai problème.

La surcharge du réseau des routes nationales est, certes, un vrai enjeu, mais la solution ne peut pas être, en 2023, d'élargir les autoroutes. Les experts sont formels: développer les capacités routières ne fait qu'accroître la demande, donc augmenter le trafic. Il y a d'autres solutions qui sont nécessaires. Parmi celles-ci: le télétravail, qui permet de réduire les flux pendulaires; l'amélioration des offres de transports collectifs, également pour le trafic de loisirs, puisque c'est la principale cause de déplacements en Suisse; le covoiturage; ou même la réduction de la vitesse, comme l'a récemment proposé le professeur Vincent Kaufmann, expert en mobilité, de l'EPFL.

J'aimerais mentionner enfin le microrecensement mobilité et transports, qui a été publié récemment par l'Office fédéral de la statistique et qui l'indique clairement: les distances parcourues ont diminué au cours des dix dernières années. Cette diminution est de près de 20 pour cent. Il nous indique aussi que l'extension du réseau des routes nationales n'est la première des priorités que pour 7 pour cent des 55[NB]000 personnes qui ont participé au recensement, et la dernière pour 38 pour cent d'entre elles. Est-ce que les résultats du microrecensement ont été pris en compte? On peut sérieusement en douter. Nous avons auditionné les lobbys et les autorités, mais pas les milieux scientifiques qui étudient les comportements au niveau de la mobilité et les défis majeurs qui se présentent en ce qui concerne la croissance des transports. Je précise que j'en ai fait la proposition et qu'elle a été refusée en commission, de même que l'audition des experts du [PAGE 925] climat. C'est un affront, alors que Genève est le siège international du Giec et que celui-ci nous appelle à investir dans des infrastructures qui soulagent le climat.

Pour notre part, nous en sommes convaincus: pour atteindre l'objectif de réduction de 64 pour cent des gaz à effet de serre dans nos déplacements, comme le prévoient le Conseil fédéral et notre Parlement, il faudra modifier nos habitudes de déplacement en nous déplaçant mieux et moins.

C'est pourquoi le groupe des Verts refusera ce projet visant à accroître les autoroutes pour explorer d'autres solutions visant à rendre nos déplacements plus respectueux de l'environnement et de la santé.