Pasquier-Eichenberger Isabelle · Nationalrat · 2023-05-30
Pasquier-Eichenberger Isabelle · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2023-05-30
Wortprotokoll
La métropole lémanique est extrêmement dynamique, tant du point de vue économique que démographique, avec des enjeux majeurs non seulement en termes de mobilité, mais aussi et surtout en termes d'utilisation du territoire. Entre Genève et Lausanne, le transport ferroviaire est la solution la plus efficace, et cela pour les personnes et les marchandises.
D'ailleurs, les gouvernements du canton de Genève et du canton de Vaud se battent pour améliorer les liaisons ferroviaires et développer leurs infrastructures. C'est notre grande préoccupation - et notre grande inquiétude. Parce que sur le front du rail, des investissements importants sont en cours, mais les perspectives d'amélioration s'éloignent. Ceci alors que la population est extrêmement encline à prendre le train, quand cela est possible, comme en témoigne le succès du Léman Express, qui, à peine quatre ans après sa mise en service, avec près de 70[NB]000 voyageurs par jour, voit sa capacité déjà presque saturée. C'est pourquoi l'annonce de l'ajout de ce projet autoroutier dans l'étape 2023 a été accueillie avec un certain étonnement dans les chancelleries des deux cantons.
Le contexte posé, revenons sur ce projet: le message du Conseil fédéral comprenait initialement cinq projets: deux élargissements à Berne et trois tunnels à Bâle, Saint-Gall et Schaffhouse. Alors pourquoi ajouter un projet romand? Et surtout, à la demande de qui? Premier élément de réponse: M. le conseiller fédéral a publiquement annoncé, dans son discours des cent jours à la tête du DETEC, qu'il trouverait tout à fait compréhensible du point de vue national qu'un projet soit ajouté en Suisse romande. Second élément: ce voeu est exaucé par son collègue, un autre bernois, qui, en Commission des transports et des télécommunications, a fait cette proposition qui a été votée après quelques minutes de débat par une majorité de membres de la commission.
Oui, en quelques minutes, sans interroger les responsables cantonaux sur l'avancement du projet, sans s'inquiéter des moyens à disposition, alors que le message avertit clairement que la réserve du fonds Forta accusera prochainement une baisse significative et, enfin, sans questionner l'opportunité de ces deux projets et leur impact sur le territoire. Pourtant, dans le message, le Conseil fédéral précisait bien que le projet Le Vengeron-Coppet ne présentait pas encore "une planification suffisamment contraignante pour permettre une validation définitive."
Alors on peut se demander à ce stade pourquoi ce projet a été tout à coup priorisé. Est-ce à la demande des cantons? Eh bien non. Le canton de Genève m'a confirmé qu'il n'avait pas été contacté pour savoir si le projet avait justement gagné en maturité et que rien n'avait été mis en oeuvre dans ce sens, puisque l'échéance de 2030, annoncée dans le message, lui convenait très bien.
On le comprend donc: la motivation première n'est pas tellement d'améliorer la mobilité et de contenter les deux cantons concernés. La motivation est politique: comme le référendum est annoncé, il s'agit de donner un sucre aux Romandes et aux Romands.
Je vous appelle donc à voter contre ce projet. L'élargissement des autoroutes se fait toujours aux dépens de terres arables, de la biodiversité ainsi que de la qualité de vie des populations riveraines et de celles qui vivent au coeur des agglomérations. Accroître les autoroutes n'est pas la solution pour gérer le trafic et réduire les bouchons. Augmenter la capacité routière ne fait qu'encourager la population à prendre sa voiture, une personne par véhicule la plupart du temps, et à générer plus de trafic en amont de l'autoroute et à destination des villes, qui, elles, ont justement pour objectif de réduire le trafic individuel motorisé afin d'améliorer la qualité de vie et la santé de celles et ceux qui y habitent.
Et lorsque la liaison ferroviaire existe, comme c'est le cas entre Nyon, Coppet et Genève, c'est celle-ci qu'il faut favoriser. Nous n'avons pas besoin d'un élargissement de l'autoroute.
Je vous remercie de suivre ma minorité.