Nantermod Philippe · Nationalrat · 2023-06-05
Nantermod Philippe · Nationalrat · Wallis · FDP-Liberale Fraktion · 2023-06-05
Wortprotokoll
Il est rare que je vienne ici, à la tribune, pour vous demander de soutenir une initiative populaire. Mais l'initiative sur les rentes, si elle a de populaire le nom, doit être considérée comme une initiative responsable.
L'AVS est sur la voie de la faillite: on le sait, on en parle depuis des années. Dans un monde où le ratio entre le nombre de retraités et le nombre d'actifs ne fait que se péjorer, un système de rentes comme celui que nous connaissons en Suisse ne peut pas être durable. En 1950, nous comptions 6,33 actifs pour un rentier; en 2025, il n'y en aura plus que 3, et en 2050 plus que 2,26. Au rythme actuel, il n'y a pas d'illusions à se faire: nous allons faire appel systématiquement et de plus en plus à la solidarité intergénérationnelle. Cette solidarité n'est pas contestée, elle est incontestable. Mais c'est son niveau qui est contestable. Elle est mise à l'épreuve dans le financement du système de santé. Cet automne, nous parlerons du niveau des primes d'assurance-maladie: nous verrons que ce sont de nouveau les actifs qui paient pour les personnes plus âgées. Cette solidarité est mise à contribution dans le financement de la prévoyance professionnelle; on parlera l'année prochaine de la réforme LPP. Elle est mise à contribution dans le financement des médias aussi. Et, évidemment, elle est mise à contribution dans le financement du premier pilier. Mesdames et messieurs, cela est en soi acceptable, mais doit rester raisonnable.
Quelles sont les solutions dont nous disposons pour l'AVS? Nous pouvons augmenter les cotisations et les impôts; cela revient à mettre sous pression encore davantage les actifs qui travaillent, ceux qui ont une famille: nous nous y opposons. Nous pouvons réduire les rentes: cela est politiquement impensable. Nous pouvons aussi endetter le système. Nous sommes pourtant heureux, aujourd'hui, de ne pas avoir à payer les rentes qui ont été versées dans les années 1980. Et c'est pour cela aujourd'hui que nous ne devons pas faire payer aux enfants des années 2050 les rentes qui seront versées durant cette décennie.
Mesdames et messieurs, je crois qu'il n'y a pas 50 solutions sur la table: l'ensemble des pays du continent, ou presque, l'ont bien compris. Des pays tels que les Pays-Bas, le Danemark ou l'Italie ont prévu d'augmenter l'âge de la retraite à 70 ans.
Nous n'en demandons pas tant, mais nous voulons une adaptation de l'âge de la retraite en fonction de l'espérance de vie et des capacités du système à supporter cette solidarité intergénérationnelle. Le projet que nous vous proposons vise à augmenter dans un premier temps, à l'horizon de 2032, l'âge de la retraite à 66 ans. Il s'agit d'un premier pas tout à fait raisonnable en comparaison internationale, et cela en sachant que, en Suisse, en moyenne, un homme quitte déjà définitivement le marché du travail à l'âge de 66,3 ans.
Puis, nous voulons adapter, en fonction de l'espérance de vie, l'âge de la retraite, non pas selon des critères politiques, non pas au terme de débats qui reviennent à faire du populisme, mais sur la base de ce que le système peut légitimement supporter, et non en faisant payer à une génération les frais d'une autre: nous voulons adapter l'âge de la retraite en fonction de ce que le système peut supporter.
Cette solution a l'avantage d'être claire. Elle a l'avantage d'offrir une fois pour toutes un débat politique et public devant le peuple et, ensuite, d'évacuer ces questions malheureuses qui reviennent à monter les générations les unes contre les autres. C'est pour cela que je vous invite à avoir le courage de voter, même en année électorale, en faveur d'une initiative populaire bien ficelée, bien montée, qui a l'avantage de pérenniser un système auquel nous tenons tous, l'assurance-vieillesse et survivants.
Je vous remercie, pour cela, de suivre ma minorité.