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Bläsi Thomas · Nationalrat · 2023-06-05

Bläsi Thomas · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2023-06-05

Wortprotokoll

L'initiative populaire vise à relever l'âge de la retraite à 66 ans pour les deux sexes et à le coupler ensuite à l'espérance de vie. La Commission de la sécurité sociale et de la santé publique nous propose de recommander au peuple et aux cantons de rejeter l'initiative, par 20 voix contre 4 et 1 abstention.

Dans l'attente des réformes d'ampleur qui devront inévitablement être entreprises, les propositions du Conseil fédéral étant attendues pour 2026, le groupe UDC vous demandera de recommander le rejet de cette initiative populaire.

Force est de constater que la situation financière de l'AVS est mise à mal par l'inversion de la pyramide des âges. Les variables avec le plus d'impact sont les suivantes: d'une part, les nouveaux bénéficiaires de la rente AVS - chaque année 20[NB]000 - ne sont pas compensés par des entrées dans le monde du travail et, d'autre part, il y a un allongement de l'espérance de vie, ce qui reste la bonne nouvelle du jour.

Que peut-on attendre de la mise en oeuvre de cette initiative? Les effets attendus de sa mise en oeuvre seraient significatifs. Cela ne sert à rien de le nier: la couverture attendue en 2032 passerait de 69 pour cent à 90 pour cent. Vingt pays de l'OCDE sur 34 appliquent ce principe; ils ont déjà un texte législatif le contenant dans leur propre régime de retraite et sont cités en exemple à moult reprises par les initiants.

Pourquoi faut-il alors rejeter cette initiative? Bien qu'ils soient tout à fait respectables, il n'est pas possible d'adhérer à ses principes. En effet, le choix d'une inscription dans la Constitution aboutirait à une paralysie du Conseil fédéral, alors que nous avons justement besoin d'un Conseil fédéral agile et apte à s'adapter à la conjoncture.

Sur les vingt pays de l'OCDE ayant ce type de disposition d'indexation automatique, seuls deux l'ont appliqué et suspendu par la suite, car il induisait une surévaluation de l'âge de la retraite. La situation de l'économie a au moins autant d'influence que l'âge de départ à la retraite, et l'initiative ne prévoit aucun mécanisme d'ajustement qui en tiendrait compte.

Maintenir en emploi les personnes jusqu'à 66, 67, 68 ans - on ne sait pas ... - n'améliorera pas le sort de nos plus de 55 ans, qui perdent plus facilement leur emploi et, pour beaucoup, n'en retrouvent pas, alors qu'ils pourraient [PAGE 1090] justement participer à la santé de notre économie. Dans les petites et moyennes entreprises, conserver en emploi les collaborateurs proches de la retraite revient souvent à faire un choix entre économicité et devoir de loyauté envers les collaborateurs. En augmentant la durée en emploi, on augmentera également le risque de créer plus de licenciements précoces en faisant pencher la balance vers le mauvais choix, l'initiative ne tenant pas compte des autres contributions patronales de type LPP, qui sont elles aussi à leur maximum pour les collaborateurs proches de la retraite.

Que faire maintenant des professions pour lesquelles le temps moyen de maintien en emploi est statistiquement faible? Un exemple parmi d'autres: héros de notre quotidien, les ambulanciers. Leur temps d'employabilité est parmi les plus faibles, une quinzaine d'années et, pour cause, ils sont appelés à intervenir dans les pires situations, dont ils préservent la plupart d'entre nous. Tout ceci dans un contexte général de pénibilité dont ne tient pas compte l'initiative.

La temporalité de cette initiative est particulièrement mauvaise: elle arrive en effet, après que l'espoir d'une augmentation des rentes a abouti à une douche glacée pour les pensionnés après le refus d'une majoration de 7 francs; après l'annonce d'une augmentation de la retraite des femmes à 65 ans; après le constat que les rentes baissent du fait de l'augmentation des prix, des primes maladie, des loyers, l'indexation sur l'augmentation des prix ne rendant absolument pas compte de ce que devient la vie de nos concitoyens.

Des sommes astronomiques - récemment plus de 300 milliards de francs - qu'elles soient bien investies ou non, ont été consacrées au sauvetage de nos grandes banques, ce que nos concitoyens voient régulièrement passer au "19h30". Ces sommes rendent difficile l'explication du texte qui dit à nos corps professionnels qu'ils devront travailler jusqu'à 66, 67 ou 68 ans - on ne le sait toujours pas - pour épargner 4 milliards de francs par année.

Recommander le rejet de cette initiative, mais après? La santé de notre économie et l'état de notre marché du travail sont des paramètres au moins aussi importants que l'âge légal de la retraite pour assurer la santé et la pérennité du premier pilier. Il conviendrait d'intensifier la lutte contre le travail au noir, qui est largement sous-estimé et prétérite gravement les comptes de l'AVS. Augmenter le plafond fiscal pour les personnes restant en emploi après l'AVS avec la contrepartie de continuer à cotiser pour le bien commun irait également dans le bon sens. Avec une population suisse de bientôt 9 millions d'habitants, il conviendrait de miser sur nos habitants plutôt que d'aller chercher ailleurs des compétences dont nous ne manquons pas. Il conviendrait enfin de s'assurer que chacun fasse sa part, plutôt que de pénaliser nos aînés et décourager les plus travailleurs d'entre nous.

Pour le groupe UDC, l'avenir de l'AVS est une question essentielle et il convient en premier lieu de conserver la dignité de nos aînés. Elle se doit d'être traitée par le Conseil fédéral comme un dossier prioritaire et indépendamment des autres dossiers dont il a la charge. Il convient de garder en mémoire, au moment de voter, que si pour beaucoup d'entre nous l'AVS n'est que l'une des bretelles qui tiendra notre pantalon, elle restera le pantalon dans son entier pour un nombre de nos concitoyens en constante augmentation.