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de la Reussille Denis · Nationalrat · 2023-06-05

de la Reussille Denis · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2023-06-05

Wortprotokoll

Pour débattre de l'initiative faussement intitulée "pour une prévoyance vieillesse sûre et pérenne", il est à mes yeux indispensable de rappeler certaines réalités, certaines conditions sociales de notre pays.

Premièrement, le peuple suisse, il y a certes longtemps, a décidé que les rentes AVS devaient garantir le minimum vital et a inscrit cette exigence dans la Constitution. Aujourd'hui, cette décision n'est toujours pas mise en oeuvre. Elle n'est tout simplement pas appliquée. Au contraire, la rente AVS moyenne atteint à peine 1800 francs actuellement, soit 21 pour cent du salaire moyen. Dans les années 2010, ce taux était de plus de 26 pour cent. Il faudrait donc de toute urgence augmenter les rentes AVS et non les diminuer, comme c'est le cas actuellement.

Et pourtant, Mesdames et Messieurs, notre Parlement ne trouve rien de mieux à faire que de décider de nouvelles détériorations, la non-indexation complète des rentes voulue par la droite de notre Parlement étant le dernier exemple en date, et l'augmentation de l'âge de la retraite des femmes étant un autre exemple de la détérioration générale des droits des rentiers AVS.

En résumé, les prestations de l'AVS ne suivent pas le coût de la vie et les rentes LPP du second pilier sont en chute libre. En conséquence, de très nombreux retraités n'ont tout simplement plus assez d'argent pour vivre dignement, après une vie de labeur et en ayant travaillé durant toute leur vie, et ceci dans l'un des pays les plus riches du monde.

Deuxièmement, il faut rappeler quelques éléments qui démontrent que la situation financière de l'AVS est saine, contrairement aux allégations et mensonges, notamment du comité d'initiative. Selon les chiffres de l'OFAS, l'AVS a clos l'exercice 2022 sur un résultat de répartition positif de 1,6 milliard de francs, avec précisément 49,4 milliards de francs de recettes et 47,8 milliards de dépenses.

Par ailleurs, fin 2022, la fortune de l'AVS se montait à 47 milliards de francs, ce qui correspond aux dépenses d'une année complète de rentes.

Ces quelques réalités montrent à quel point les initiants travestissent la vérité et poursuivent un but politique, néolibéral, en affaiblissant encore un peu plus le premier pilier, élément social essentiel pour la population de notre pays.

Par ailleurs, je me permets de rappeler cette réalité, sauf erreur pas encore évoquée au cours de nos débats d'aujourd'hui: pour 2023, la rente minimale est de 1225 francs par mois. Je répète: 1225 francs par mois, une honte pour notre pays. La volonté des initiants de retarder encore le droit à la retraite s'inscrit dès lors dans une volonté de démantèlement social. Les initiants souhaitent modifier les articles 112 et 197 de la Constitution en introduisant, notamment, une automaticité du droit à la retraite, en liant l'âge de départ à l'espérance de vie moyenne de la population résidant en Suisse. Cette modification de la Constitution serait une attaque sans commune mesure contre notre système démocratique, puisque notre population ne pourrait tout simplement plus se prononcer sur les futures augmentations de l'âge légal de départ en retraite.

Une conclusion s'impose: cette initiative est rétrograde, antisociale et doit être rejetée avec conviction. Sa place est dans les oubliettes de l'histoire.

Notre pays a le devoir de traiter correctement ses habitants, ses retraités, que cela soit par le montant des rentes ou par l'âge légal de départ à la retraite. Non, c'est la seule réponse possible à cette initiative, dangereuse pour la stabilité et le contrat social du pays et qui n'a - je peux me permettre de le dire - qu'un seul mérite, c'est qu'elle démontre le fossé qui se creuse entre riches et pauvres de notre société.