Vara Céline · Ständerat · 2023-09-28
Vara Céline · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2023-09-28
Wortprotokoll
Comment réagissez-vous lorsque votre enfant, à quatre ou cinq ans, vient vous voir et vous dit qu'il a envie d'apprendre à faire du vélo? C'est une bonne nouvelle, vous êtes enthousiaste, vous avez envie qu'il apprenne à faire du vélo, parce que le vélo, c'est la liberté, c'est fantastique, cela va vite, c'est l'adrénaline. Vous vous dites que c'est super et que vous allez vous investir pour que votre enfant apprenne à faire du vélo. Mais, pour qu'il puisse faire du vélo, il faut mettre un peu de moyens: il faut lui acheter un vélo, un casque, une petite sonnette et des protège-genoux - je vous conseille. Ensuite, il faut passer du temps avec lui, et il va tomber plusieurs fois, cela ne sera pas forcément facile tout de suite. Vous y allez donc régulièrement, et un jour, extraordinaire, c'est la liberté, il pédale tout seul et il part, et vous vous dites que c'est fantastique: vraiment, cet apprentissage du vélo, on a tout à y gagner.
Vous voyez, c'est la même chose avec la mise en oeuvre de l'Agenda 2030. Tout le monde a envie de mettre en oeuvre cet agenda parce que c'est fantastique, les objectifs sont très concrets, ils sont porteurs et vont finalement dans le sens, ni plus ni moins, comme le disait le Conseil fédéral dans son rapport, d'objectifs prioritaires pour la Suisse, qui[NB]portent[NB]sur[NB]nos[NB]modes[NB]de consommation, notre production durable, le climat, l'énergie - combien en a-t-on parlé ces derniers mois -, la biodiversité, l'égalité des chances et la cohésion sociale. Donc tout le monde a envie de mettre en oeuvre l'Agenda 2030, et pourtant on ne met pas les moyens nécessaires pour y parvenir. On n'a même pas encore acheté le vélo. Tout au plus, a-t-on acheté la sonnette et la pompe, peut-être une roue. Et on se dit que, mince, on n'y arrive pas. Eh bien, évidemment, parce que pour y arriver, il faut mettre des moyens, il faut le vouloir et il faut y passer du temps. Et la Suisse, malheureusement, est à la traîne dans la mise en oeuvre de l'Agenda 2030 et de la réalisation de ses 17 objectifs. Malgré quelques progrès réalisés, mais encore assez mitigés - je me permets cette appréciation -, on a encore beaucoup à faire sur le plan des politiques intérieure et extérieure. Et d'ailleurs, c'est le constat du rapport national[NB]que[NB]le[NB]Conseil[NB]fédéral a présenté l'année passée à New-York.
C'est vrai que la mise en oeuvre de l'Agenda 2030, c'est un petit peu plus compliqué que d'apprendre à faire du vélo, on est bien d'accord. C'est finalement un très grand défi pour le pays, pour les cantons, pour les communes. Et il s'agit de reconnaître à temps les interactions entre ces 17 objectifs, de renforcer les synergies et de réduire les effets négatifs.
En bref, il s'agit de concevoir activement une politique de durabilité: c'est beau, cela!
La structure organisationnelle que le Conseil fédéral avait mise en place en 2019 a été soumise à une évaluation externe. Le rapport de l'évaluation a été publié sur le site du DFAE, et cela est intervenu après que notre commission a traité cet objet: donc cette information vient s'ajouter. Partant, je vous en parle un peu, chers collègues, car c'est une information supplémentaire par rapport à ce que le rapporteur de la commission a pu vous expliquer.
Ce rapport arrive à la conclusion que, comme je viens de le dire, nous n'y mettons malheureusement pas les moyens et que nous n'y mettons pas l'énergie ni la volonté politique nécessaires. Il y a 23 recommandations concrètes dans ce rapport: je n'en ai choisi que 3, car je ne veux pas vous faire la liste de ces 23 mesures. Par exemple, le rapport indique qu'il faut absolument inclure la responsabilité internationale dans le système de monitorage de la Confédération, qu'il faut absolument mettre à disposition des ressources suffisantes - je le répète, il faut y mettre les moyens financiers et la volonté politique nécessaires - et qu'il faut renforcer les compétences du comité directeur pour améliorer la cohérence des politiques pour le développement durable.
Le comité directeur a accepté quelques recommandations. Par contre, malheureusement - et, je dois le dire, à l'encontre du bon sens -, il refuse de mettre à disposition des ressources adéquates et de renforcer ses compétences pour que cet organe fasse davantage que de coordonner la politique de durabilité. Et aujourd'hui, malheureusement, on doit constater qu'on se limite à coordonner des éléments au lieu de concevoir une vraie politique de durabilité et de se dire que l'on a un objectif, que l'on veut maintenant pédaler le plus vite possible, que l'on veut cette liberté, que l'on veut arriver à atteindre notre objectif et donc que l'on s'en donne vraiment les moyens. [PAGE 979]
Je dois vous dire, chers collègues, que ce matin, dans le train, en venant ici, je prenais connaissance de l'actualité et que je suis tombée sur un énième article sur la question des glaciers en Suisse: son titre indiquait que les glaciers avaient fondu autant en deux ans - donc en 2022 et 2023 - qu'entre 1960 et 1990.
Ces deux dernières années, nos glaciers ont fondu autant qu'en trente ans, entre 1960 et 1990; et nous, nous sommes en train de réfléchir à la question de savoir si nous mettrons quelques moyens supplémentaires pour atteindre nos objectifs de l'Agenda 2030 et si nous devons accepter une motion qui a été largement soutenue au Conseil national par nos partis.
Face aux crises multiples auxquelles nous sommes confrontés - le climat, comme je viens de le dire, mais aussi la biodiversité, bien sûr, la guerre qui est à nos portes, les inégalités, il y a eu la pandémie, etc. -, la Suisse doit franchir le cap pour aller vers une vraie transformation. Je pense qu'il faut un peu de courage et, pour cela, nous avons besoin d'une structure organisationnelle qui puisse véritablement contribuer à une meilleure cohérence des politiques pour un développement durable et qui a les ressources adéquates - je me répète, mais de cette façon, cela va rentrer.
Nous sommes un peu déçus de ce résultat et des mesures qui ont été prises, ou plutôt qui n'ont pas été prises jusqu'à aujourd'hui. Je rappelle que l'Agenda 2030 constitue le cadre de référence - le cadre de référence, et je reprends ces mots de l'administration fédérale - pour relever les défis communs auxquels est confrontée l'humanité. La finalité de l'Agenda est d'assurer, en premier lieu, la prospérité et le bien-être de la société d'ici à 2030, sans surexploiter nos ressources naturelles.
C'est pourquoi je vous invite, chères et chers collègues, à adopter cette motion, comme l'on fait nos collègues du Conseil national, pour donner un signal et, finalement, un message au Conseil fédéral: nous aussi, nous voulons pédaler pour aller de l'avant. Il est important, en cette toute dernière session de la législature, de donner un signal positif en faveur des objectifs de l'Agenda 2030. Je vous remercie encore de soutenir cette motion.