Neirynck Jacques · Nationalrat · 2003-05-05
Neirynck Jacques · Nationalrat · Waadt · Christlichdemokratische Fraktion · 2003-05-05
Wortprotokoll
Ce message comporte deux parties:
1. Un texte de 180 pages, remarquablement rédigé et perspicace, détaille le projet de la Suisse: tout ce que l'on pourrait, que l'on voudrait ou que l'on devrait faire dans ce domaine. On n'a rien oublié: renouveler l'enseignement, renforcer la recherche, stimuler l'innovation, améliorer la coopération; on n'a rien oublié, sauf des moyens à la hauteur des ambitions. Les moyens prévus initialement étaient tout juste suffisants, les restrictions de crédits les rendront, ou les rendraient, insuffisants.
2. La seconde partie du message est une série de 13 arrêtés fédéraux annonçant les moyens à disposition, moyens absolument fictifs dont on savait d'entrée de jeu qu'ils ne seraient pas disponibles.
Dans sa version initiale, le message était basé sur une augmentation annuelle de 6 pour cent par an - c'était presque ce que le Parlement avait demandé, avec 6,5 pour cent. C'était très loin de la demande de la Conférence des recteurs des universités suisses estimant à 10 pour cent la croissance nécessaire pour rattraper le retard accumulé pendant les années nonante. Je crois qu'ici, il faut dire qui en est responsable: Mme Ruth Dreifuss, ancienne conseillère fédérale, lors de la dernière réunion de notre commission, à laquelle elle a participé, a dit clairement que les EPF n'avaient pas été sa priorité. Durant cette décennie, la Suisse a diminué d'environ un tiers le montant investi par étudiant. La Suisse a désinvesti pendant une décennie, à un moment où les autres pays développés consentaient un effort extraordinaire. Un jour, quand tout aura mal tourné, il faudra expliquer comment cela a été possible et qui est responsable de cette erreur que nous ne parvenons pas à réparer aujourd'hui.
Lors de ses délibérations, la CSEC a appris que la croissance serait réduite de 6 à 5 pour cent, et puis, la semaine passée, de 5 à 4 pour cent. Ce n'est plus un budget, c'est une séance de strip-tease!
Cela soulève trois questions fondamentales.
La première revient à se demander si la Confédération n'essaye pas de poursuivre trop d'objectifs avec trop peu de moyens. En 1992, le budget des EPF représentait 72 pour cent du total des fonds que la Confédération consacrait à la formation et à la recherche; il ne représente plus aujourd'hui que 59 pour cent d'un budget stagnant. En revanche les HES, inexistantes en 1992, ont mangé en partie la croissance du budget. Et la Confédération doit encore soutenir la formation professionnelle, les universités cantonales, le Fonds national, la CTI, les quatre académies, la coopération, l'aide à la formation, les bourses aux étudiants étrangers. La Confédération ne maîtrise que 20 pour cent du budget total de la formation en Suisse: elle s'occupe de trop de choses.
Les cantons font remarquer que la Confédération ne remplit plus ses engagements. Elle finance les HES à concurrence de 28 pour cent, au lieu des 33 pour cent auxquels elle s'était engagée. L'EPF de Zurich ne renouvelle pas treize postes de professeurs parce que, selon le diagnostic du président, sa situation financière est critique. Un Prix Nobel passe aux Etats-Unis parce que les professeurs âgés sont débarqués afin de faire une place bien nécessaire pour les jeunes.
La seconde question est donc logiquement celle des priorités à établir. S'il faut couper dans les crédits prévus, il faut diminuer les tâches à accomplir. La méthode simpliste de la réduction linéaire de tous les budgets dans la même proportion repose sur la fiction selon laquelle on peut faire de plus en plus avec de moins en moins.
Les chercheurs se placent sur un marché de l'emploi international. Ils vont là où se trouvent les meilleures possibilités. La Suisse a fait prime pendant longtemps, aujourd'hui ce n'est plus vrai. Le propre de la recherche scientifique est de présenter une constante de temps très longue. Sur sa lancée, elle peut faire illusion pendant quelques années, mais les bons professeurs ne seront pas remplacés par des jeunes.
La troisième question est naturellement celle des institutions. On sait combien celles-ci sont compliquées parce qu'elles visent à pallier les inconvénients du fédéralisme. Il y a peut-être encore assez d'argent pour mener une politique dynamique, mais il n'y a aucune chance qu'il soit dépensé rationnellement. Nous sommes le seul pays développé qui ne dispose pas d'un ministère de l'éducation nationale. Nous sommes aussi le seul pays dont le PIB par habitant ait diminué durant la décennie nonante, selon l'aveu même du message.
La CSEC propose une série de motions qui visent à protéger le budget FRT et à rationaliser son utilisation. Le groupe démocrate-chrétien les soutient toutes.
Permettez-moi, Monsieur le Président de la Confédération, à titre personnel de vous faire part de mon amertume: 3 milliards de francs gaspillés avec Swissair et Expo.02 manquent aujourd'hui. Il y a toujours de l'argent pour les saltimbanques de la mode et les ratés du management. Ces gens encombrent les allées du pouvoir qu'ils manipulent. Je suis la voix des chercheurs qui n'ont jamais la parole: écoutez-les!