Piller Carrard Valérie · Nationalrat · 2024-04-15
Piller Carrard Valérie · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2024-04-15
Wortprotokoll
J'ai déposé l'initiative parlementaire "Renforcer le pouvoir d'achat des familles" en décembre 2022 pour aider les familles face au fort renchérissement lié à la pandémie de COVID-19 et à la guerre en Ukraine. Mon texte vise à augmenter le montant minimal des allocations familiales de 100 francs par mois et d'instaurer un supplément de 50 francs par enfant pour les familles à revenus modestes. Trois mois plus tard, notre collègue Marc Jost estimait judicieux de déposer une autre initiative parlementaire sur le même sujet, intitulée "Des familles fortes grâce à des allocations adaptées". Son initiative est moins généreuse que la mienne, certes, puisqu'elle propose d'augmenter de seulement 50 francs le montant minimal mensuel de l'allocation familiale, sans faire un geste particulier pour les familles à faibles revenus.
Si je soutiens, bien sûr, cette initiative parlementaire qui constitue déjà un progrès par rapport à la situation actuelle, je pense qu'il faut aller plus loin en soutenant mon initiative. En effet, l'initiative parlementaire Jost 23.406 ne répond pas suffisamment à la problématique du coût de la vie et surtout ne prévoit aucune aide supplémentaire pour les familles les plus précaires. Un soutien ciblé des familles représenterait un investissement pour la société, évitant à des enfants de tomber dans la pauvreté, dont on sait qu'il est généralement très difficile de sortir.
Voici le détail de ma proposition, qui vise à modifier l'article 5 de la loi sur les allocations familiales: à l'alinéa 1, je demande une augmentation de l'allocation familiale pour enfants à 300 francs par mois minimum, contre 200 francs actuellement. A l'alinéa 2, je demande que l'allocation de formation professionnelle s'élève à 350 francs par mois minimum, contre 250 actuellement. Et j'ajoute un nouvel alinéa, l'alinéa 3, qui concerne uniquement les familles à revenus modestes, auxquelles est accordé un supplément d'allocations de 50 francs par mois et par enfant.
La population fait face à des coûts qui explosent: le logement, l'énergie, les primes d'assurance-maladie et les denrées alimentaires. La Suisse n'est malheureusement pas épargnée par ce renchérissement qui affecte très sérieusement le porte-monnaie des familles et leur pouvoir d'achat. Voilà plusieurs années que les organisations chargées de politiques familiales demandent que les montants minimums des allocations familiales soient augmentés. En effet, les montants actuels datent de 2009. Ils n'ont donc pas été adaptés depuis quinze ans, alors que les coûts directs des enfants ont, à ne pas en douter, pris l'ascenseur.
Mon initiative poursuit un double objectif: lutter contre la pauvreté des familles à bas revenus tout en renforçant le pouvoir d'achat des familles de la classe moyenne. Vu la rapide évolution des coûts de la vie, le supplément de 100 francs qui élargirait la marge de manoeuvre des familles semble tout à fait raisonnable. D'ailleurs, en 2024, seuls cinq cantons payent des montants équivalents aux minimums fédéraux. Les 21 autres cantons payent des montants bien supérieurs; preuve que les montants fixés en 2009 sont jugés insuffisants. Le supplément pour revenus modestes prévu à l'alinéa 3 permettrait aux enfants issus de milieux défavorisés d'accéder à de meilleures formations, qui sont essentielles afin de sortir de l'ornière de la pauvreté. Ainsi formulée, l'initiative permettrait de soulager les familles à revenus modestes et, donc, d'atteindre sa cible.
A ceux qui estiment que c'est aux prestations complémentaires pour familles de remplir ce rôle, je rappelle que les prestations complémentaires pour les familles n'existent pour l'instant que dans quatre cantons, à savoir Vaud, Genève, Soleure et le Tessin.
Actuellement, aucune stratégie de lutte contre la pauvreté des enfants n'existe dans les cantons. Pourtant, les chiffres [PAGE 653] font froid dans le dos. Aujourd'hui, 80[NB]000 enfants sont à l'aide sociale, soit un tiers des bénéficiaires. La pauvreté dans notre pays ne fléchit pas, bien au contraire. Selon le dernier baromètre des familles réalisé en 2023 par l'assurance Pax et Pro Familia Suisse, dans quatre familles sur dix, les revenus du ménage suffisent à peine à faire vivre l'ensemble de la famille et 6 pour cent d'entre elles n'arrivent pas à joindre les deux bouts. A noter également que plus de la moitié des familles déclarent avoir déjà renoncé à un traitement médical ou thérapeutique pour des raisons de coût; proportion encore plus élevée en Suisse romande et dans les familles monoparentales.
C'est vraiment le moment de donner un signal positif aux familles et d'augmenter ces allocations familiales.
Pour toutes ces raisons, je vous invite à donner suite à mon initiative parlementaire.