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Walder Nicolas · Nationalrat · 2024-06-03

Walder Nicolas · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2024-06-03

Wortprotokoll

Le texte de l'initiative qui nous est soumis est basé sur la même constatation que celle que Gandhi faisait déjà il y a un siècle: "Notre monde contient bien assez pour les besoins de chacun, mais pas assez pour la cupidité de tous." Gandhi s'en inspirait bien sûr dans sa lutte contre les inégalités et la pauvreté, mais, aujourd'hui, cette maxime s'applique parfaitement aux ressources naturelles et à l'environnement en général, que l'on exploite sans vergogne, non pas pour couvrir nos besoins, mais pour générer des profits. Cet environnement autrefois luxuriant s'appauvrit à un rythme effréné. Des écosystèmes qui, à force d'être maltraités, se retournent contre nous au point de remettre en question notre propre survie.

A force de surexploiter l'environnement, quatre limites planétaires ont déjà été dépassées en Suisse, dont le climat, dont on parle beaucoup sans agir concrètement, et la biodiversité, avec plus du tiers des espèces aujourd'hui menacées en Suisse.

Cela n'est pas prêt de s'améliorer au vu du peu d'empressement de la majorité de ce Parlement à adopter des mesures à la hauteur des enjeux. Cette inaction, récemment dénoncée par la Cour européenne des droits de l'homme, ne nous permettra pas d'atteindre nos objectifs climatiques pourtant annoncés urbi et orbi à Paris en 2015 - 10 ans d'inaction ou presque.

Aujourd'hui, les Suissesses et les Suisses s'inquiètent en voyant les glaciers fondre, les lacs se réchauffer, les saisons disparaître et les orages devenir tropicaux sous nos latitudes. Cependant, cela n'est rien comparé à ce que vivent les habitantes et habitants du Bangladesh ou de la Somalie, où sécheresse, chaleur extrême et inondations remettent en question la viabilité même de leur territoire. Ce sont des conséquences dramatiques pour des pays qui pourtant ne portent qu'une très faible responsabilité de cette situation. Il n'est dès lors que justice que notre pays assume sa part non seulement en aidant ces pays à faire face, mais aussi et surtout en adaptant rapidement son économie afin que notre pays cesse d'affecter négativement la viabilité de[NB]notre[NB]planète,[NB]car[NB]chaque dépassement de notre empreinte carbone en Suisse participe à rendre la vie de ces populations encore plus misérable et leur avenir chez eux encore plus incertain.

C'est pourquoi soutenir cette initiative, qui demande que notre économie ne dépasse pas la part de ressources à laquelle elle a légitimement droit, est nécessaire.

Cette initiative est également salutaire, car elle contribue à rediriger notre économie vers plus de résilience, une économie qui est aujourd'hui largement dépendante d'importations qui comptent pour 70 pour cent de notre impact environnemental, et cela, sans que le Conseil fédéral juge nécessaire de développer un plan d'action pour faire baisser notre empreinte carbone générée à l'étranger.

A cette absence de stratégie s'ajoute aussi le manque de cohérence des différentes politiques menées par le Conseil fédéral: d'une part, des politiques environnementales qui disent viser la réduction de notre empreinte carbone, et des politiques sécuritaires qui elles aussi appellent à renforcer notre résilience; d'autre part, des politiques économiques qui dopent la croissance des importations et de la consommation. C'est ainsi que les accords de libre-échange se multiplient sans aucune considération pour leurs conséquences sur l'environnement ou sur notre résilience.

Que n'ai-je pas entendu ici sur l'importance d'un budget équilibré pour ne pas laisser de dettes aux générations futures? Mais, lorsqu'il s'agit d'écosystème, dont les conséquences sont bien plus préoccupantes, vous ignorez allègrement vos engagements envers celles et ceux qui sont l'avenir. Pourtant, les limites planétaires ont été scientifiquement établies. Tout comme ont été annoncés, il y a plus de 50 ans déjà, les bouleversements climatiques actuels. Et les scientifiques ont depuis longtemps identifié la principale cause de cette situation alarmante, soit la surexploitation des ressources. Nous savons toutes et tous qu'il faudra y mettre fin, qu'on le veuille ou non. Malheureusement, chaque année passée à[NB]tergiverser[NB]ne[NB]fera[NB]que rendre la transition encore plus douloureuse.

Avec cette initiative, nous avons une occasion unique d'assumer notre part de responsabilités, de limiter au maximum la facture pour les générations futures et de renforcer notre résilience et celle de notre tissu économique en lui permettant de s'adapter aux réalités environnementales que, bon gré mal gré, on devra respecter. Car si les scientifiques ont anticipé la situation actuelle, ils ont aussi prévu le monde vers lequel [PAGE 1009] notre inaction nous conduira. Les Jeunes Verts qui portent cette initiative ne veulent pas s'y résoudre. Ils et elles ont pleinement raison.

Merci de le leur dire en recommandant d'accepter leur initiative.