Poggia Mauro · Ständerat · 2024-09-26
Poggia Mauro · Ständerat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2024-09-26
Wortprotokoll
Chaque année, il faut désigner un bouc émissaire. Aujourd'hui, les hausses de primes d'assurance-maladie vont être annoncées et les tirs ont déjà commencé. En Suisse romande avec l'émission "Mise au point", en Suisse alémanique avec l'émission "Kassensturz", on vient effectivement désigner les laboratoires comme principaux responsables des hausses de coûts. Evidemment, [PAGE 950] cela n'est pas le cas; la vérité est toujours plus nuancée. Si des laboratoires d'analyse font des analyses, c'est parce que des médecins demandent que ces analyses soient faites. Les laboratoires d'analyse ne "s'autoallument" pas, si vous me passez l'expression, en faisant des analyses inutiles.
Ce qui n'a pas encore été dit ici, c'est que la comparaison internationale des coûts des analyses n'est pas aussi simple qu'on voudrait le faire croire. Lorsqu'on vient nous dire que l'Allemagne a des coûts d'analyse inférieurs à la Suisse, on oublie d'abord que le marché suisse n'est pas le marché allemand - et ce n'est pas à des représentants de la droite que j'apprendrai que plus le volume est important, plus la marge peut diminuer -, mais surtout, en Allemagne, il n'y a pas de concurrence comme c'est le cas ici, avec les laboratoires de cabinets médicaux.
Tout cela a une base historique, puisque lorsque le Tarmed a été adopté, les médecins spécialistes, bien organisés, bien défendus, ont fait en sorte que leur rémunération soit imposée, alors que les médecins de premier recours, médecins généralistes, se sont mal défendus, avec une rémunération qui est celle que nous savons, qui est largement inférieure à celle des spécialistes. On leur a donc donné cette poire pour la soif, qui est ce laboratoire d'analyse en cabinet médical, au motif que, parfois, il est important que l'on ait des résultats immédiats de l'analyse. Je ne sais pas si vous avez le souvenir d'être allé une fois chez votre médecin, qu'il vous ait fait une prise de sang et qu'il vous ait donné les résultats immédiatement. Evidemment non, parce que pour des questions d'organisation, généralement les tests se font une fois par semaine par l'assistante médicale et, ensuite, on vous demande de revenir pour discuter des résultats des tests, si nécessaire.
Le problème est que ces analyses en cabinet médical sont évidemment plus chères que celles des laboratoires d'analyse extérieurs. Or, 40 pour cent de la masse des analyses qui sont faites en Suisse sont effectuées dans les laboratoires de cabinets médicaux. Mon propos n'est pas de dire qu'il faut supprimer ces laboratoires tant qu'on ne compense pas cette perte de gain pour nos médecins de premier recours. J'ai déjà dit hier à une autre occasion à quel point il était important de revaloriser le travail des médecins de premier recours. Donc, si on leur enlevait en plus cette rémunération qui leur a été accordée par des laboratoires d'analyse en cabinet, évidemment ce serait problématique. Mais on comprend bien qu'avant de demander aux laboratoires d'analyse extérieurs, indépendants, de faire un effort supplémentaire aux 10 pour cent déjà exigés au niveau de leurs tarifs, il faudrait peut-être se demander si la masse critique est importante.
Je rappelle quand même qu'un important laboratoire d'analyse allemand a quitté la Suisse. Si le marché suisse était à ce point intéressant, pourquoi ce laboratoire allemand quitterait-il notre territoire? Parce que, précisément, les marges ne sont pas suffisantes. Il est donc facile, évidemment, de venir raboter systématiquement les marges d'un fournisseur de soins pour dire que l'on fait quelque chose en matière de maîtrise des coûts. Voilà ce que je voulais dire en guise d'introduction.
Maintenant, sur le fond, cette motion vise à décharger le Conseil fédéral pour demander aux partenaires tarifaires de faire le travail. Comme l'a très justement demandé le rapporteur de la commission, notre collègue Maillard: depuis quand les discussions entre partenaires tarifaires ont-elles fait baisser les coûts? Jamais. Chacun se tient par la barbichette, pour prendre une expression consacrée. Qui sort vainqueur de ces discussions? L'inertie. On en parlera encore dans d'autres textes qui sont proposés ce matin, mais on se rend bien compte que s'il n'y a pas un pilote dans l'avion, et ce pilote ne peut être que celui qui maîtrise l'intérêt public de la population, c'est-à-dire l'autorité qui est ici incarnée par le Conseil fédéral, au moyen des armes que lui donne notre Parlement, il n'y aura pas de changement, il n'y aura pas de maîtrise des coûts.
Cette proposition qui vous est faite ici doit donc être rejetée, parce que c'est une mauvaise proposition pour un résultat extrêmement aléatoire, si ce n'est connu d'avance, c'est-à-dire un échec.