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Dormond Marlyse · Nationalrat · 2003-06-10

Dormond Marlyse · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2003-06-10

Wortprotokoll

L'examen des comptes n'est pas un acte politique très marquant dans la mesure où les chiffres sont exacts et le budget respecté. Cet exercice parlementaire ne donne généralement pas lieu à de grandes discussions; il se passe dans une relative indifférence dans ce plénum, avec une salle en général assez clairsemée.

Cela dit, les comptes de la Confédération sont de plus en plus utilisés, surtout si le résultat n'est pas bon, comme un épouvantail vis-à-vis des citoyens. C'est devenu un outil pour distiller la peur et préparer psychologiquement le terrain pour des décisions défavorables à la majorité des habitants de ce pays. Car enfin, que pouvons-nous constater? Pendant qu'elles se lamentent sur l'état des finances de la Confédération et proposent des coupes drastiques encore plus fortes que celles proposées par le Conseil fédéral, sous l'image fallacieuse de parlementaires responsables, les mêmes personnes veulent faire passer en force des cadeaux fiscaux de plus de 2 milliards de francs à travers le paquet financier. Sous cet angle, les finances de la Confédération leur paraissent tout à coup suffisamment bonnes.

Les finances de la Confédération doivent être assainies, certainement, mais pas à n'importe quel prix et pas n'importe comment! L'objectif de mener à bien cet exercice dans les trois à cinq ans n'est socialement pas supportable et est politiquement peu crédible. Cet exercice doit être mené à bien sur le moyen et le long terme, car comme ce n'est pas en deux ou trois ans que les choses se sont dégradées, ce n'est pas en peu de temps qu'elles seront rétablies. Or actuellement, l'action du gouvernement donne plus l'impression d'un travail de pompier qui crie: "Au feu! Au feu!" en courant après les petits incendies, que celle d'une réflexion en profondeur et d'une action pour le long terme. Les programmes d'économies qui arrivent en rafales depuis quelques temps l'illustrent bien. Le premier n'est pas sous toit que le suivant arrive et que le prochain est annoncé, toujours pire et toujours d'abord ciblé sur le tissu social et la formation et la recherche, qui sont l'avenir de ce pays.

L'image de la Confédération se dégrade aussi vis-à-vis de ses partenaires, et particulièrement de ses partenaires privilégiés que devraient être les cantons eux qui subissent de plus en plus de transferts de charges massifs alors qu'une nouvelle péréquation financière est en négociation. Le Conseil fédéral voudrait faire couler son projet de nouvelle péréquation financière qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Franchement, personnellement, cela ne me chagrinerait pas du tout.

Le désengagement de l'Etat fédéral d'un maximum de ses obligations financières n'est pas innocent et on peut se demander à ce rythme quel est l'avenir de ce pays et de sa cohésion nationale. La Confédération a un rôle politique dont on se demande si le gouvernement est encore conscient. Il y a quelques jours, lors d'un débat à la Radio Suisse romande auquel participait, Monsieur le Conseiller fédéral, votre collègue M. Deiss, un auditeur s'exprimait sur la situation économique de la Suisse et sur l'action du gouvernement. Il disait à quel point il souhaitait retrouver des politiciens à la tête du pays, alors qu'actuellement, il ne voit que des économistes. Je pense qu'il a raison et à titre personnel, j'ajouterai aussi qu'il faudrait moins de comptables ou d'esprits comptables et plus de visions d'hommes d'Etat.

Et pendant ce temps, 20 milliards de francs dorment dans les coffres de la BNS, ne rapportant pas un kopeck! On peut rappeler que, placés à 3 pour cent, ils rapporteraient 600 millions de francs par année. Que pense faire le Conseil fédéral de cette manne dans la situation financière actuelle? L'argument selon lequel il faut absolument donner des finances équilibrées aux générations futures est un peu court. Si c'est au prix d'un pays en pleine déliquescence sociale, sans projet, avec des infrastructures obsolètes, une formation ne supportant plus la comparaison internationale, une recherche ayant émigré dans des pays plus conscients de son importance - et la liste n'est pas exhaustive -, ce sera cher payé. Quand le Conseil fédéral envisage-t-il d'élaborer un véritable projet politique pour l'avenir de ce pays?