Hurni Baptiste · Ständerat · 2024-12-05
Hurni Baptiste · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2024-12-05
Wortprotokoll
Il est minuit moins une pour la presse dans notre pays. Ce n'est pas une vue de l'esprit ou une insertion partisane que de le dire, mais la réalité crue. Les chiffres le démontrent d'ailleurs bien, et j'aimerais en mentionner quelques-uns.
En 2002, dans notre pays, les recettes publicitaires pour la presse étaient encore de 2 milliards de francs; elles sont aujourd'hui de moins de 500 millions. Le tirage des journaux payants en Suisse était de 4,5 millions en 2003 encore; c'est à peine 2 millions aujourd'hui. Et entre 2003 et 2020, ce ne sont pas moins de 70 titres de journaux qui ont disparu dans notre pays.
Il est donc minuit moins une, mais est-ce à la Confédération de s'en préoccuper et d'intervenir davantage? C'est finalement la question que pose ce rapport. On peut, à l'instar du groupe d'experts présidé par M. Gaillard, penser que ces aides n'éviteront que marginalement le déclin à long terme et que, finalement, ce n'est pas la priorité d'aider des groupes privés de médias, dont certains par ailleurs - il est vrai - versent de gros montants à leurs actionnaires.
Sauf que la presse n'est pas un secteur économique comme un autre. C'est, encore aujourd'hui, le nécessaire trait d'union entre le monde politique et la population. C'est la presse, si elle fonctionne, qui permet de relayer la diversité des opinions. C'est elle qui peut critiquer, enquêter et dénoncer. La presse est le chien de garde de la démocratie, et cela d'autant plus dans une démocratie semi-directe. Elle est aussi la garante d'une éthique, d'une déontologie et d'une vérification des faits. En somme, la presse est le rempart contre la propagande, qu'elle soit étatique, commerciale ou partisane, et permet d'informer les habitants de ce pays.
De surcroît, la presse régionale est la seule qui permet de relayer ce qui se passe dans les différentes régions de notre pays. Et, justement, notre pays, qui chérit son fédéralisme, ses particularités et sa diversité, mérite une presse diversifiée, régionale et de qualité.
C'est vrai que ce n'est pas la Confédération qui peut ou qui doit, seule, sauver la presse. D'abord, elle n'en a pas les moyens. Ensuite, si elle les avait, elle jouerait un jeu dangereux s'agissant de l'indépendance de cette presse. Enfin, c'est au secteur lui-même de continuer sa mue et de se réinventer. Toutefois, le rôle de la Confédération est de donner un peu de temps - un tout petit peu de temps - à la [PAGE 1064] presse. On l'a vu à travers les chiffres: les enjeux sont posés de manière extrêmement brutale aux journaux. Si nous ne voulons pas définitivement perdre cette diversité si essentielle à notre pays, alors nous devons constituer cette bouée de sauvetage temporaire et indirecte garantissant l'indépendance, mais permettant aux naufragés de ne pas se noyer.
Je ne sais pas quel est l'avenir de la presse, mais je sais que le rôle qu'elle assume encore, mais de moins en moins, est vital. Je ne veux pas vivre dans un pays où l'on confond journalisme et propagande. A l'avenir, je ne veux pas que ma fille n'ait, pour s'informer, que les tweets d'un milliardaire détraqué. Je ne veux pas que le règne de la pensée unique ou de la réflexion binaire soit roi dans notre pays. Le corollaire évident de cette description serait une polarisation absolue et sans nuance du débat.
Ce rapport permet modestement - très modestement - de gagner du temps - un peu de temps - et de laisser à ce secteur-clé la possibilité de se réinventer autrement qu'avec un pistolet sur la tempe.
Je vous remercie d'entrer en matière, car, comme je l'ai dit, il est minuit moins une et nous ne pouvons aujourd'hui plus attendre.