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Dreifuss Ruth · Bundesrat · 2000-03-15

Dreifuss Ruth · Bundesrat · Genf · 2000-03-15

Wortprotokoll

Nous vous serions très reconnaissants si vous adhériez à la décision du Conseil national. Je comprends bien les inquiétudes qui ont été exprimées au sujet des coûts qui pourraient augmenter pour les assureurs-maladie et, donc, se répercuter sur les primes. Cela traduit une certaine méfiance; j'aurai l'occasion de montrer que cette méfiance, quant à la façon dont le Conseil fédéral établit la liste des prestations à la charge de l'assurance-maladie, est exagérée.

La participation aux coûts pour les mesures de prévention pose un problème et fait partie des thèmes discutés en long et en large lors de la première révision, et qui reviennent et reviendront, je vous le promets, si on n'arrive pas à régler le problème de façon satisfaisante. Le problème, c'est que la prévention s'adresse en principe à des personnes qui sont ou se croient en bonne santé - et je pense à des mesures concrètes, j'y reviendrai tout à l'heure - et qui n'ont donc aucune raison de s'adresser à un médecin ou de faire un acte thérapeutique. Nous devons convaincre ces personnes que nous pouvons, dans certains cas, les aider à éviter des maladies, parfois graves, grâce à ce geste qu'elles font d'aller consulter ou d'accepter une prestation de cette nature. Or, si nous voulons inciter ces personnes à faire ce pas et qu'elles doivent payer intégralement ce qu'on leur demande de faire, l'effet de cette incitation peut être fortement réduit.

L'exemple cité par Mme Brunner est intéressant, parce que je crois que le réflexe masculin vis-à-vis de la prévention est beaucoup plus faible que celui des femmes. Celles-ci sont beaucoup plus conscientes et disposées à payer, éventuellement, pour des contrôles réguliers. Elles sont mieux informées sur les dangers des cancers qui leur sont propres - je pense en particulier au cancer du col de l'utérus, etc. - que les hommes ne le sont des dangers qui les menacent. Beaucoup d'épouses savent à quel point il est difficile de convaincre leurs maris d'aller consulter lorsqu'ils ne se sentent pas bien; mais les pousser à aller consulter lorsqu'ils se sentent bien, je sais que c'est une tâche presque impossible, surtout quand ils peuvent encore répondre: "Je me sens bien, et je vais devoir payer ça. Alors, je suis fier de ne pas consulter inutilement."

Il y a donc vraiment un problème de comportement face à la prévention dont nous devons faciliter la résolution. C'est le but de la délégation de compétence que nous vous demandons, et j'aimerais vous dire dans quel sens nous aimerions l'exercer.

Nous aimerions, pour l'essentiel, l'exercer dans le cadre de campagnes cantonales, régionales ou nationales, c'est-à-dire d'un effort global qui est fait, à la fois sur le plan de l'information et sur celui de l'offre, à des prix que nous négocions. Notre fameuse campagne de vaccination contre l'hépatite B est en partie un échec, car les cantons ne savent pas comment l'organiser. Les patients ne veulent pas y aller parce qu'ils doivent payer et nous avons de la peine à obtenir un prix du vaccin qui nous paraisse juste. Nous devons donc faire un immense effort, parce qu'il s'agit d'une maladie gravissime et que nous savons que le vaccin est efficace. Contrairement à certaines craintes qui avaient été exprimées en France, on sait aujourd'hui, même en France, qu'il n'y a pas d'effets secondaires que l'on ne peut pas assumer, j'entends, quant à l'incidence. Ces campagnes sont vouées à l'échec si nous ne pouvons pas en faire un ensemble cohérent: information, effort demandé aux prestataires de soins, effort demandé à ceux qui, dans ce cas, produisent le vaccin.

Les autres mesures de prévention que nous pourrions envisager étaient celles des screening, à mon avis d'ailleurs plus discutables peut-être que la vaccination. Dans ce domaine, nous devons accumuler des expériences et voir quels sont vraiment les effets sur une population qui est souvent la plus difficile à atteindre non seulement parce qu'elle est en bonne santé, mais parce qu'elle a un comportement insatisfaisant par rapport à la prévention. C'est dans le cadre de campagnes de vaccination, que nous souhaitons pouvoir, de façon limitée, ponctuelle, dire que les mesures de prévention ne doivent pas être soumises à la participation aux coûts. Nous demandons des efforts à tout le monde, mais nous voulons toucher les gens.

Un dernier mot, parce que la chose me tient à coeur. J'anticipe un peu sur des problèmes dont j'aurai l'occasion de discuter avec vous, sans doute, aussi plus tard, dans le cadre du budget de l'Office fédéral de la santé publique. Nous devons impérativement, et vous l'avez lu dans les journaux, améliorer le taux de vaccination de notre population. Le taux de vaccination atteint est bon pour les enfants; il est mauvais pour les adultes. Il est mauvais pour les adultes d'abord parce que certains besoins de vaccination apparaissent tardivement, car on découvre enfin la maladie et le vaccin - l'hépatite B en est un exemple; il est mauvais ensuite parce que nous avons des populations migrantes qui n'ont pas de comportement de protection et de prévention; et puis, il est mauvais parce que certains groupes à risque - je pense au cas de la grippe - ne se rendent pas compte de la protection qu'un vaccin peut leur offrir. Or, la grippe n'est pas seulement un problème qui touche certains métiers à risque, mais aussi les personnes âgées, les femmes enceintes, qui souffrent davantage des conséquences de la grippe. Le virus de la grippe change chaque année, et rien ne nous dit qu'une épidémie aussi grave que celle que le monde a connue en 1918/19 ne puisse pas un jour revenir. Tout, au contraire, indique qu'un jour, selon la loi des probabilités en tout cas, cela viendra. Je prépare avec mon office, en accord avec l'OMS, un plan de lutte contre une pandémie de grippe.

Nous devons le faire. Nous devons avoir les produits à disposition; nous devons avoir les vaccins, mais aussi les remèdes, puisqu'il y en a. Nous devons avoir une population qui a modifié son attitude, une population adulte, une population âgée qui a déjà modifié son comportement face à la vaccination; qui considère que c'est normal, que ce n'est pas réservé aux bébés. Pour y arriver, nous devons commencer [PAGE 107] aujourd'hui ce travail d'information. Comment voulez-vous qu'on le fasse, si le résultat se manifeste par une facture de 120 ou de 150 francs pour le geste qui devrait être naturel?

J'aimerais plaider pour l'importance de ces mesures de prévention. La prolongation de la vie humaine n'est pas due aux progrès de la médecine curative, elle est due aux progrès de la médecine préventive et de l'hygiène, de la bonne eau, du logement plus sain, etc. Ne négligez pas l'effet de la médecine préventive. Aidez-nous à créer des campagnes qui aient du succès. Pour ces campagnes, c'est pour celles-là que je plaide, il faut que nous puissions aussi dire aux patients: "Venez recevoir quelque chose qui est nécessaire et vous n'aurez pas à payer spécialement pour ça."

Un dernier mot. Je parlais de la vaccination pour la protection des personnes touchées. Je puis aussi vous dire que l'on n'éradiquera jamais certaines maladies, si le taux de vaccination de la population n'atteint pas un certain pourcentage. Si nous descendons en dessous de 80 pour cent, nous savons que cette maladie continuera à nous menacer en permanence, largement.

C'est dans ce sens-là, pour protéger l'ensemble de la population ou pour combattre des maladies particulièrement bien connues et dont le dépistage précoce peut aider à éviter la condamnation à mort qu'elles représentent, que nous vous demandons de suivre la décision du Conseil national.

Je puis donner l'assurance qu'il ne s'agit pas d'une liste positive énumérant uniquement des gestes thérapeutiques les uns après les autres, mais que seront déterminées des conditions liées à l'efficacité de campagnes que nous devons faire.