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Maillard Pierre-Yves · Ständerat · 2025-03-11

Maillard Pierre-Yves · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-03-11

Wortprotokoll

Beaucoup de choses ont déjà été dites: je vais me borner à un point essentiel. La question est: pourquoi avons-nous ce débat? Pourquoi sommes-nous tenus de répondre à la question de la définition du service universel? Quand on écoute La Poste et celles et ceux qui défendent sa stratégie, tout va bien, n'est-ce pas? Seuls sont fermés les bureaux de poste en présence d'une alternative, qui est meilleure pour les clients et pour le personnel. Les communes seraient ainsi toujours invitées à un dialogue et l'on chercherait ainsi une bonne solution. Si c'est le cas, pourquoi reçoit-on des dizaines de lettres de communes? Pourquoi les Grands Conseils prennent-ils des résolutions? Pourquoi des pétitions sont-elles récoltées par milliers? Hier encore, pourquoi près de l'entier des habitants d'un village - celui de Saint-Cergue - sont-ils venus en car sur la Place fédérale pour exprimer leur opposition à la fermeture du bureau de poste?

On a l'impression qu'on ne vit pas dans le même monde. Il y a ceux qui sont dans le monde du management. Le monde du management est toujours entouré de bonnes intentions. On veut toujours le bonheur du client et du personnel, mais, dans la vraie vie, on constate parfois que ces discours ne tiennent pas. Si nous avons ce débat sur le service universel, c'est que le management de la Poste est sorti de son rôle. Si l'on peut vraiment fermer par endroits un bureau de poste pour une alternative valable, on le fait au fil de l'eau, dans la stratégie opérationnelle. Quand les gens sont contents, il n'y a aucun problème, mais quand on annonce une nouvelle stratégie avec grand fracas publicitaire, quand on entend le président du conseil d'administration annoncer qu'il veut revoir la vision du service universel afin d'éviter qu'elle se transforme en musée, c'est que ces personnes s'arrogent un rôle qui n'est pas le leur. C'est en faisant ces grandes annonces avec grand fracas qu'ils amènent eux-mêmes le débat autour du service universel.

La première des choses que l'on peut constater est qu'au moins le président du conseil d'administration de la Poste a la capacité de se tromper, puisqu'il dit aujourd'hui le contraire de ce qu'il disait il y a quelques années. S'il se trompe sur la définition du service universel, c'est très embêtant, parce que c'est un enjeu important pour notre pays. S'il est donc capable de se tromper, c'est peut-être important qu'on revoie ensemble une fois cette nouvelle façon d'aborder le service universel.

Mais la deuxième raison pour laquelle on doit le faire est beaucoup plus importante: la Poste a été créée en même temps que la Suisse moderne. En 1848, nos anciens, nos prédécesseurs ont créé les institutions nationales modernes et, en même temps, ils ont créé une Poste, pas parce qu'elle était rentable: elle ne pouvait pas être rentable, puisqu'elle n'existait pas encore. Ils l'ont créée parce que c'était une affaire de volonté politique, de solidarité confédérale et d'égalité des chances sur tout le territoire. La Poste est le résultat d'une volonté politique. Ce n'est pas l'addition de quelques chiffres et quelques présentations Powerpoint d'un manager qui fait quelques années, qui encaisse ses bonus et[NB]qui,[NB]ensuite,[NB]va[NB]voir ailleurs. Non, la Poste est le résultat d'une volonté politique des institutions et cela doit continuer ainsi.

Puisque la Poste a elle-même considéré que cette affaire était stratégique et qu'elle engageait la définition du service universel, elle nous a passé la balle. C'est maintenant à nous de définir ce service universel. Si elle s'était contentée de quelques fermetures au fil de l'eau, nous n'aurions pas à nous en occuper. Cependant, elle a centré le débat sur le principe du service universel. C'est donc au Parlement de le faire.

Je conclurai avec une réflexion: en ce moment, combien de démocraties sont en difficulté? Entre l'insignifiance de leurs actions et les outrances verbales qui, parfois, essayent de combler cette insignifiance, dans beaucoup de pays, nous avons l'impression que la démocratie ne sert plus à grand-chose et que la démocratie ne s'occupe plus des problèmes des gens. La Poste est un problème concret de la vie des gens. C'est à nous de définir ce qu'elle doit être, pas au conseil d'administration et pas à un manager qui vient de partir.

Acceptons donc cette motion et, à tout le moins, demandons, vu l'importance de ce sujet, à la commission de reprendre ses travaux, si vous ne voulez pas accepter cette motion. [PAGE 163]