Maillard Pierre-Yves · Ständerat · 2025-03-13
Maillard Pierre-Yves · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-03-13
Wortprotokoll
Comment traiter ces quinze interventions dans ce débat? J'aimerais vous proposer de prendre un tout petit peu de distance et vous inviter à réfléchir à ceci. Je crois que, lors de l'avant-dernière session, on a déjà eu une session extraordinaire sur le thème de l'asile, lors de laquelle on a déjà traité une dizaine de motions entre les deux conseils. Si on continue à ce rythme, pendant la législature, on aura à peu près traité 200 motions, postulats et interpellations, et, toutes les deux sessions, on aura un débat de ce type. Est-ce que ça change quelque chose dans la réalité vécue par nos concitoyennes et concitoyens? On peut en douter, parce que ce n'est pas depuis cette législature qu'on discute de ce sujet. Cela fait plus de 20 ans qu'on discute de l'asile, qu'on modifie la loi, qu'on la durcit, qu'on la change, et on a l'impression que la situation évolue à peu près toujours de la même manière.
Alors, j'aimerais juste, pour une fois, vous raconter une autre histoire que celle qu'on entend. On entend qu'il y a eu un drame à Appenzell, qu'il y a eu une agression quelque part en Suisse. Cela nous choque, et ces agressions doivent être sanctionnées et les gens qui commettent ces agressions doivent être punis et renvoyés si nécessaire. Là-dessus, je crois qu'on est tous d'accord. La dureté et la rigueur, dans ces cas-là, sont absolument nécessaires. Néanmoins, il n'y a pas que ces histoires-là, il y a d'autres histoires qu'on ne raconte jamais, ici dans ce Parlement, et qu'aucun média ne raconte jamais. Je vais vous en raconter une que j'ai vécue. Je suis arrivé dans mon quartier de Renens il y a exactement 16 ans. Quand on est arrivé pour regarder la maison qu'on a achetée, il y avait huit enfants qui jouaient sur la route, trois Erythréens et cinq Kosovars, tous requérants d'asile. Ces huit enfants ont aujourd'hui 16 ans de plus. L'un est installateur électricien, l'autre est logisticien. Une troisième a fait un apprentissage de vendeuse en pharmacie et travaille aujourd'hui aux Retraites populaires. Un quatrième est apprenti à l'Etablissement cantonal d'assurance contre les incendies. Une cinquième est apprentie à l'assurance-invalidité. Deux ont fini leur maturité et poursuivent leurs études et une fait de la pédagogie spécialisée. Ces huit enfants sont magnifiques. Ils sont intégrés, ils se forment, ils travaillent. La moitié sont Suisses aujourd'hui. La moitié ont le passeport suisse, et j'ai été expliquer comment faire la démarche à certains d'entre eux. Aucun n'a jamais connu de problèmes de discipline ou de sécurité, ils se sont tous intégrés. Cela ne s'est pas fait tout seul. Beaucoup de gens ont beaucoup travaillé, on leur a appris le français qu'ils ne savaient pas, on les a aidés à trouver un apprentissage, on a expliqué parfois aux parents qu'il fallait que les jeunes filles aient la liberté de choisir qui elles voulaient épouser. J'ajoute qu'une est maman d'une petite fille absolument remarquable. Tous ces enfants, aujourd'hui pour moitié suisses, sont l'avenir de notre pays et fournissent du travail.
J'aimerais juste qu'une fois, dans ce débat, on parle aussi de ces personnes, quand même, et qu'on ne fasse pas comme s'il y avait un pays qui était dévasté par des hordes de gens qui viennent pour brutaliser nos concitoyennes et nos concitoyens, mais qu'on parle aussi des réussites et de l'extraordinaire travail que fournissent des milliers de gens à l'école, dans les services sociaux et dans les services d'intégration pour donner leur chance à ces jeunes qui travaillent, qui payent des impôts et qui assurent aussi le financement de nos retraites futures. C'est quand même un élément qu'il faudrait traiter.
Enfin, je ne vais pas m'exprimer sur chacune des motions. Beaucoup de ces propositions ont déjà été faites plusieurs fois. Beaucoup de ces propositions contreviennent à la Constitution, contreviennent à des conventions qu'on a signées. Certaines sont impraticables, d'autres sont floues. Je cite juste celles qui concernent le contrôle des frontières. Notre collègue Friedli nous dit qu'elle aimerait qu'on en fasse un peu plus, quelque part entre 3 pour cent et 100 pour cent. Ce qu'on aimerait bien, c'est qu'elle nous dise combien. Quel est le taux qui vous paraît adéquat? 5 pour cent, 20 pour cent ou 30 pour cent de contrôle aux frontières? On aimerait juste, quand des motions sont déposées, que l'on ait une idée un peu de ce que ça donne concrètement. Surtout, on aimerait aussi qu'il y ait ensuite les décisions budgétaires qui vont avec, parce que si on passe de 3 pour cent de contrôles aux frontières à 6 pour cent de contrôles aux frontières, on double le budget des services de la douane. Est-ce qu'on est d'accord de faire ça? Est-ce que les budgets qu'on votera seront adaptés à ces décisions ou pas? Si on ne veut pas doubler les budgets de nos douaniers, alors on ne fait pas des motions pour demander un contrôle systématique aux frontières, pour ensuite nous expliquer que systématique ne veut pas dire systématique, mais veut dire quelque chose entre 3 pour cent et 100 pour cent. C'est juste un exemple de la manière dont ces motions sont réalisées.
Mises à part les décisions qu'a prises la commission, qui a parfois fait un travail - par exemple, s'agissant des frontières, nous avons fait une motion un peu plus ouverte -, je vous invite à refuser ces interventions ou à suivre le Conseil fédéral ou la commission.