preparatory:AB 354905
Amaudruz Céline · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2025-03-19
Wortprotokoll
Je vous assure que c'est la dernière fois que vous m'entendrez parler ce matin pour les initiatives et je réduirai mon temps de parole, vu que je vais défendre en même temps mon initiative et la proposition de minorité déposée par notre groupe.
Nous voici encore une fois à la question brûlante de la retraite, un sujet qui revient sans cesse dans nos débats. Je pose ici la question fondamentale de l'âge de la retraite et, plus précisément, des années de cotisation. Mon initiative parlementaire propose en effet de remplacer la notion rigide de l'âge de la retraite par celle, plus souple et peut-être bien plus juste, des années de cotisation. C'est de justice sociale que nous parlons ici. En modifiant notre manière d'appréhender la retraite, nous pouvons enfin tendre vers un système qui reflète mieux les réalités de la vie active de chacun. Voyons concrètement ce que cela signifie.
Premièrement, un départ à la retraite différencié selon la pénibilité du travail: c'est un fait, on commence souvent à exercer les métiers les plus physiques très tôt et ils sont souvent les plus éprouvants. Pendant que certains jonglent avec des dossiers dans des bureaux qu'on pourrait dire confortables, d'autres usent leur corps sur des chantiers dès leurs jeunes années. Il est temps de reconnaître cette différence.
Deuxièmement, une revalorisation de la formation duale: mon initiative prévoit de compter les premières années d'activité professionnelle, notamment celles de l'apprentissage, dans le calcul des années de cotisation. Cela envoie un message fort à nos apprentis et aux jeunes travailleurs: "Votre travail compte et il doit être valorisé."
Troisièmement, en cas de futur relèvement de l'âge de la retraite, cette approche différenciée permettra de protéger les travailleurs les plus vulnérables. Un ouvrier ne doit pas être forcé de continuer à travailler aussi longtemps qu'un avocat ou un docteur. C'est une question de dignité.
Mon initiative propose ainsi de remplacer la retraite à 65 ans par un système où 44 années de cotisation suffiraient pour obtenir une rente pleine. Concrètement, cela signifie qu'un apprenti pourrait partir à la retraite dès 62 ans, alors qu'une personne ayant passé de longues années sur les bancs d'école resterait sous le régime actuel jusqu'à 65 ans. Ce modèle n'abolit pas totalement l'âge minimal pour pouvoir cotiser, mais il permet de l'ajuster pour les jeunes travailleurs.
Certains diront que les réformes de la prévoyance vieillesse divisent, mais, ici, il y a un consensus inattendu. Une enquête commandée par le Centre patronal a révélé que 72 pour cent de la population soutient une telle mesure. Il ne s'agit donc pas d'une idée isolée ou marginale, mais d'une proposition qu'on pourrait dire largement approuvée par nos concitoyens.
Je suis bien consciente que cette initiative laisse certaines questions en suspens, notamment en ce qui concerne les périodes sans cotisations pour des raisons familiales comme la maternité. Mais ces interruptions ont déjà un impact sur le montant des rentes dans le système actuel. Ce n'est donc pas un argument valable pour rejeter cette proposition d'emblée. Ce que je vous demande aujourd'hui, c'est d'ouvrir la porte à une discussion essentielle, de repousser les limites du statu quo et de prendre en compte les revendications légitimes de la population. Ce modèle n'impacte pas le financement des institutions sociales, ce qui n'est quand même pas à négliger. C'est dans les modalités de la mise en oeuvre que tout se jouera, puisque notre Parlement pourra ensuite affiner les détails.
Je vous invite donc à donner suite à cette initiative. Elle ouvre une voie nouvelle et plus juste pour nos retraites. C'est ce que nos concitoyens attendent de nous.