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Piller Carrard Valérie · Nationalrat · 2025-05-06

Piller Carrard Valérie · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-05-06

Wortprotokoll

J'ai déposé ce postulat le 16 juin 2023, car j'estime que, dans notre pays, il ne fait pas bon être à la fois dépourvu de ressources et malentendant. Une majorité de personnes ayant des problèmes d'ouïe en Suisse sont des personnes âgées et on sait que certains retraités ne roulent pas sur l'or. Dès lors, lorsqu'on examine le prix des appareils auditifs dans notre pays, on commence à s'inquiéter pour l'audition de nos aînés.

Introduit en 2011 pour renforcer la concurrence et faire baisser les prix, le système de remboursement des appareils auditifs au forfait a fait la preuve de son inefficacité, comme le concluent deux études de l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS) de 2014 et de 2020. Depuis 2011, le nombre d'audioprothésistes a explosé en Suisse, mais les prix des appareils fournis aux personnes malentendantes sont restés stables et chers en comparaison internationale, comme c'est le cas lorsqu'il y a entente cartellaire; sans compter que les factures des audioprothésistes manquent de transparence puisque, malgré les consignes officielles, ils ne font pas la distinction entre la livraison des appareils auditifs et les services fournis. Dans ces conditions, contrôler une facture est quasiment mission impossible, et les personnes malentendantes n'ont d'autre choix que de passer à la caisse.

Au regard des 8000 francs que peut coûter un bon appareillage des deux oreilles, le forfait de 1650 francs pour cinq ans est insuffisant. Certes, la possibilité d'obtenir le statut de cas de rigueur existe, mais dans les faits, ce statut est extrêmement difficile à obtenir et au final, seuls 5 pour cent des personnes appareillées obtiennent un remboursement intégral. Sachez encore que moins de 3 pour cent des personnes malentendantes sortent de Suisse pour acquérir leur appareil, car à chaque perte auditive, il faut retourner voir le vendeur pour adapter le réglage. En fin de compte, les personnes malentendantes à bas revenu n'ont donc d'autre choix que d'être mal appareillées. Les conséquences sont délétères lorsqu'on entend mal: on n'ose pas demander aux autres de répéter, donc on se replie sur soi, on s'isole progressivement, avec non seulement le risque de dépression, mais aussi celui de développer des troubles cognitifs ou une démence précoce. De plus, l'ouïe jouant un rôle important dans l'équilibre, une surdité mal appareillée accroît les risques de chute ainsi que les multiples complications engendrées par ces accidents.

En prenant en compte tous ces aspects, on s'aperçoit qu'une mauvaise ouïe coûte très cher à la collectivité. Il est donc non seulement urgent d'évaluer le système actuel de remboursement, il faut aussi étudier sérieusement les possibilités alternatives susceptibles de faire baisser rapidement le prix des appareils auditifs dans notre pays. La charge doit cesser de reposer si fortement sur les personnes malentendantes. Dans son rapport du 26 juin 2024, le Conseil fédéral reconnaît qu'il faut optimiser le système forfaitaire actuel et envisager d'autres instruments de remboursement, comme une convention tarifaire de référence, des contrats passés directement avec les fabricants d'appareils auditifs ou des procédures d'adjudication pour les appareils.

L'annexe 2 de ce rapport examine l'intéressant cas de la Norvège, qui recourt depuis longtemps à des appels d'offres pour [PAGE 634] les moyens auxiliaires et dispose d'un système de distribution étatique via les communes qui a largement fait ses preuves. Non seulement l'acquisition est bon marché pour la sécurité sociale norvégienne, mais la qualité des articles remis est élevée et prend en compte les innovations techniques. Pourquoi ne pas appliquer le même système en Suisse? Dans notre pays, il y a au moins deux problèmes: le prix élevé des appareils vendus et le montant croissant que les assurés doivent verser de leurs poches, car il n'est pas remboursé.

Dans un rapport de 2020 sur les prix et la qualité des appareils auditifs, neuf ans après l'introduction du système forfaitaire, l'OFAS constate que les prix ont légèrement baissé, mais pas les marges sur les appareils auditifs. Les conclusions du rapport de l'OFAS sont claires: malgré la qualité élevée, les objectifs du système forfaitaire n'ont pas été atteints; les coûts des appareils restent à un niveau difficile à justifier; les suppléments de prix versés par les personnes assurées ont augmenté, en particulier dans le domaine de l'assurance-invalidité; les marges des audioprothésistes sur les appareils auditifs continuent elles aussi d'augmenter. D'ailleurs, l'OFAS qualifie d'inacceptable une telle marge sur un dispositif médical. En effet, si les coûts de fabrication d'un appareil auditif s'élèvent à 150 francs environ, ces appareils peuvent être vendus jusqu'à 3000 francs pièce. L'OFAS estime qu'il est nécessaire d'agir à moyen terme dans le domaine de la fourniture d'appareils auditifs.

En conclusion, vu les éléments constatés dans ces rapports, une analyse plus détaillée est nécessaire. Il en va de la bonne santé de notre population. Il faut que cesse ce commerce plus que lucratif, je dirais même parfaitement indécent.

Pour toutes ces raisons, je vous invite à soutenir ce postulat.