Tschopp Jean · Nationalrat · 2025-06-11
Tschopp Jean · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-11
Wortprotokoll
Face à la vie chère, une redevance à 200 francs peut être tentante, mais attention au mirage de cette initiative. Quelle offre voulons-nous ? Pour le sport, aujourd'hui, nous avons une offre qu'on nous envie loin à la ronde. Nous pouvons suivre les grandes manifestations, les exploits de la Nati, avec l'Euro féminin qui approche, nos skieurs et nos athlètes. Vibrer, c'est quelque chose qui rassemble. Avoir accès aux films et aux séries télé, comme "Tschugger", qui a trouvé son public des deux côtés de la Sarine, relève de la même logique. On crée des référentiels communs. Quantité de productions culturelles locales n'existe que par le soutien de nos chaînes publiques. Sans offre adaptée, les téléspectateurs qui en ont les moyens se tourneront vers les chaînes payantes pour des documentaires, des fictions et du sport. Ceux qui ont un budget plus serré renonceront. Le système actuel de la redevance n'est pas parfait. On peut le faire évoluer. C'est ce que propose la minorité Pult en allégeant la charge des ménages à bas et moyens revenus. Reste que le système de la redevance a le mérite d'ancrer le service public dans la continuité, sans l'exposer aux aléas des débats budgétaires. Une redevance au rabais compromet le droit à une information de qualité. Il n'y a pas de démocratie sans droit à l'information et cela passe par un service public fort et indépendant. Dans un monde qui change, nous avons besoin de grilles de lecture, d'enquêtes, de confronter les points de vue et de comprendre. Ce sont ces formats que cible l'initiative en réduisant notre droit à l'information à son plus simple appareil. "Temps présent", "Mise au point" et "À bon entendeur" : ces enquêtes seront les premières à passer à la trappe en cas d'acceptation de l'initiative. Or, ces émissions font le succès de la RTS, depuis plus de 50 ans pour certaines. Pour la Romandie, comme minorité culturelle et linguistique, le risque est considérable.
La presse écrite s'est déjà recentrée en Suisse alémanique en perdant parfois une sensibilité qui fait pourtant partie intégrante de notre pays. Ce risque est encore plus grand pour la Suisse italienne ou pour nos amis romanches. Sans chaînes de télévision ou de radio ayant les moyens d'assurer leur mission de service public, les réseaux sociaux prendront encore plus d'importance dans la formation de l'opinion et l'accès à l'information. Combien de fois sommes-nous confrontés à du contenu présenté comme informatif sur les réseaux sociaux sans aucune vérification ? Loin de moi l'idée de clouer les réseaux sociaux au pilori. Ils peuvent faire vivre la [PAGE 949] démocratie ; nous l'avons vu, par exemple, lors de soulèvements populaires dans des régimes autoritaires, mais regardons la réalité en face. Des associations de prévention de la santé des jeunes sont amenées à déserter les réseaux sociaux pour leurs campagnes. Leurs contenus sont devenus invisibles en raison d'algorithmes, définis sans aucun contrôle, par les géants de la tech. Quelques hommes immensément riches de la Silicon Valley contrôlent les informations. Ils élaborent des algorithmes qui favorisent l'outrance au détriment des faits. L'ingérence des patrons de la tech dans les démocraties européennes s'observe élection après élection. Elle représente un danger pour notre souveraineté. Une information fouillée et documentée est à protéger à tout prix. Un affaiblissement des médias de service public face aux réseaux sociaux est un danger pour ce que nous partageons en commun. Les algorithmes créent des bulles qui nous confortent dans nos certitudes. Sans confrontation à la diversité des opinions, on ne sait plus débattre. Les avis de plus en plus tranchés nous conduisent vers l'intolérance et une société clivée, rythmée par des affrontements de plus en plus violents. Cela va à l'encontre de nos valeurs fondamentales, à savoir le consensus et la concertation. Le prix à payer pour renoncer à une information de qualité est vertigineux et ce risque est aussi présent dans le contre-projet du Conseil fédéral de redevance au rabais.
Faisons confiance en notre génie helvétique pour raconter ce qu'il se passe dans ce pays. Non à une SSR au rabais.