Lexipedia

Docourt Martine · Nationalrat · 2025-06-11

Docourt Martine · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-11

Wortprotokoll

Cette initiative représente une menace pour la démocratie, la cohésion et l'identité de notre pays. En effet, en réduisant de moitié les moyens dévolus aux médias audiovisuels de service public, cette initiative les fragilisera au point que les missions actuelles ne pourront plus être assumées. Or, ces missions sont essentielles à notre système démocratique, à notre cohésion et à notre identité en tant que pays quadrilingue.

Notre système unique de démocratie semi-directe implique une information de qualité, factuelle, vérifiée et présentant les éléments en jeu de manière impartiale. La SSR est tenue à ces exigences par la loi sur la radio et la télévision et par la concession. Deux garde-fous qui permettent à tout un chacun, estimant que la SSR ne les aurait pas respectés, de porter plainte. Les médias privés, dont les soutiens de l'initiative prétendent qu'ils pourraient remplacer la SSR, ne sont pas tenus par ces mêmes règles. Libre à eux d'être partisans d'un objet de votation ou d'un autre, de ne donner la parole qu'à un camp ou d'en dénigrer un autre. Cela est interdit à la SSR. C'est une bonne chose, car nous savons toutes et tous que de la qualité de l'information que nous recevons dépend notre capacité à former librement notre opinion. Nous le voyons dans de nombreux pays, certains très proches, quelques milliardaires possèdent la majorité des médias privés et orientent leur ligne éditoriale en fonction de leurs intérêts personnels ou de leurs opinions politiques, influençant fortement le débat public. Nous voyons aussi, dans d'autres pays, des médias étatiques relayant uniquement les positions officielles. Dans les deux cas, c'est la démocratie qui en pâtit. Or, la SSR est protégée contre ces deux risques, car le système de redevance et de mandat de service public que nous connaissons garantit son indépendance à la fois des pouvoirs de l'argent et du pouvoir politique.

De la même manière, dans les temps troublés que nous traversons, la qualité de l'information est un enjeu d'importance stratégique. À l'heure où les guerres sont aussi des guerres d'image et où les principaux réseaux sociaux ont abandonné tout combat contre les "fake news", il est capital de pouvoir compter sur des médias de masse ayant les moyens de garantir la vérification des informations. Cela passe par l'envoi de correspondants permanents, d'envoyés spéciaux, et par la capacité à mener des enquêtes parfois longues et complexes[NB]; autant d'éléments qui ont un coût et qui sont menacés par cette initiative, alors même que la question de l'ingérence de pays étrangers dans les politiques nationales est de plus en plus présente. Mais il n'y a pas que sur des enjeux internationaux qu'il y a menace, la proximité est elle aussi en danger avec cette initiative[NB]: le maintien des antennes cantonales des rédactions n'est pas garanti.

La capacité à produire dans plusieurs langues sera fortement amoindrie. Les conséquences seront graves, puisque nous savons, par exemple, que la pérennité du romanche tient pour bonne partie à l'existence d'un média audiovisuel dans cette langue. C'est donc, au-delà de la démocratie, notre cohésion nationale même qui serait mise à mal en cas d'acceptation de cette initiative.

Enfin, il en va également de notre identité culturelle. La redevance sert aussi à la façonner, la conserver et la mettre en valeur. Sa contribution à la production de documentaires et d'oeuvres de fiction est fondamentale à l'existence d'un secteur audiovisuel dans notre pays. Cet engagement permet de conserver un point de vue suisse, de raconter nos propres histoires, plutôt que de laisser à d'autres le soin de choisir quel sujet serait digne d'intérêt ou de formater les contenus pour correspondre aux standards d'une plateforme internationale. Une série comme "Wilder" raconte aussi bien la Suisse qu'un documentaire sur nos magnifiques Alpes.

Pour toutes ces raisons, démocratie, cohésion et identité nationales, nous devons recommander le rejet de cette initiative et permettre à la SSR de poursuivre ses missions et de respecter les exigences qui les accompagnent. [PAGE 959]