Piller Carrard Valérie · Nationalrat · 2025-06-12
Piller Carrard Valérie · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-12
Wortprotokoll
Il faut dire les choses comme elles sont : l'initiative populaire "200 francs, ça suffit ! (initiative SSR)" revient à priver la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR) de la moitié de son budget. Il s'agit donc d'une initiative de réduction de moitié et je vous invite à en recommander catégoriquement le rejet, à l'instar d'ailleurs de tous les groupes parlementaires, à l'exception de celui de l'UDC, à l'origine du texte. Il en va de l'existence même du service public médiatique et de sa qualité, de la libre formation de l'opinion publique, du bon fonctionnement de notre démocratie et de notre cohésion nationale. C'est dire si l'enjeu est important.
Avant de prendre position, posez-vous la question : en quoi la SSR a-t-elle démérité ? Pourquoi vouloir la sanctionner pareillement ? L'UDC n'a pas vraiment de réponse, que des arguments populistes du style "les Suisses n'ont pas à payer autant", "les entreprises ne doivent pas payer" et "il faut moins d'État". Elle nous apporte bien sûr une solution à l'emporte-pièce avec une concentration des médias en quelques mains privées et veut nous faire croire qu'avec 200 francs on garantit des médias de qualité dans toutes les régions linguistiques. Pardonnez ma franchise, mais c'est du grand n'importe quoi et des promesses en l'air, comme d'habitude. Le plus triste, c'est que ces arguments fonctionnent, puisque, sous la pression, le Conseil fédéral a déjà été contraint de revoir le montant de la redevance à la baisse. Pour rappel, la [PAGE 976] redevance qui était encore de 451 francs en 2018 est aujourd'hui de 335 francs. Pour la SSR, cette baisse a impliqué des choix très difficiles, des coupes dans les programmes, des licenciements. Résultat : désormais les ménages dépensent moins de 1 franc par jour pour profiter de la radio-télévision. C'est le strict minimum à payer pour des émissions et du contenu de qualité.
Voici plutôt les questions que nous devrions nous poser : à quoi sert la redevance ? Que nous apporte la SSR et les médias régionaux ? À quoi ressemblerait le paysage médiatique sans eux ? C'est très simple : nous serions totalement tributaires de groupes comme Tamedia, Ringier ou encore de Tele Züri, ou nous serions informés peut-être uniquement par TF1, CNews ou RTL, pour le côté alémanique. Comment l'information dans les différentes régions linguistiques de notre pays serait-elle traitée ? Il y a de quoi s'inquiéter lorsqu'on voit comment les groupes comme Tamedia et Ringier, notamment, traitent la Suisse romande, où les journaux qui ont survécu peinent à maintenir la qualité avec les coupes budgétaires auxquelles ils sont soumis.
La redevance radio-télévision permet de garantir un service public de qualité dans toutes les régions linguistiques du pays. Notre démocratie directe a besoin d'un système de médias efficace. Tous les citoyens en profitent, indépendamment du fait qu'ils consomment ou non ces programmes. Or, il se trouve que les médias sont en crise, particulièrement la presse écrite, qui voit disparaître des titres, mais aussi face aux réseaux sociaux et la propagation de fausses informations qui manipulent de façon insidieuse l'opinion. C'est donc tout sauf le moment pour réduire notre soutien aux services publics dans les médias.
Le système actuel est essentiel au bon fonctionnement du processus démocratique de la libre formation de l'opinion et à la cohésion nationale. La redevance permet de garantir l'accomplissement fiable et durable de la mission de service public et d'assurer le financement d'un service public de haute qualité. Les diffuseurs locaux et régionaux, financés également par une quote-part de la redevance, remplissent eux aussi un rôle de service public important. Ils ont le mandat légal de contribuer à la formation de l'opinion, à la cohésion nationale, au développement culturel et à la formation. Un système de radiodiffusion efficace est aujourd'hui d'une importance fondamentale pour notre démocratie directe et contribue fortement à son bon fonctionnement.
Dans ce contexte, j'ai plutôt envie de qualifier cette initiative d'initiative à deux balles, car, pour des motifs purement électoralistes, elle s'en prend directement à la SSR, aux services publics, aux minorités linguistiques de ce pays, à la diversité médiatique et à la libre formation de l'opinion.
Pour toutes ces raisons, je vous invite à recommander le rejet de cette initiative.