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Crottaz Brigitte · Nationalrat · 2025-06-18

Crottaz Brigitte · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-18

Wortprotokoll

Alors que nous ouvrions cette session le 2 juin, la secrétaire générale de l'Organisation météorologique mondiale déclarait que l'éboulement de Blatten était un signal d'alarme dramatique, le puissant avertissement d'un monde qui se réchauffe. L'ONU a établi un lien sans équivoque entre cet éboulement et le changement climatique. Malgré des décennies de rapports scientifiques, cet éboulement a été un réveil brutal pour tous ceux qui les remettaient en cause. Plus de la moitié du pergélisol, ce ciment naturel des Alpes, a disparu en 25 ans. Nos glaciers fondent et nos montagnes deviennent instables, comme au-dessus de Blatten. Et cela n'est qu'un début. Il est temps de se réveiller. Le réchauffement climatique n'est plus une menace lointaine. Il est là, il s'intensifie et il est temps d'attaquer le problème à la source. La Suisse se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale et l'été 2023 a été le plus chaud jamais mesuré en Europe. Sécheresse, recul des glaciers, effondrement de la biodiversité : les signes se multiplient et des dizaines d'articles scientifiques convergent pour dire que l'inaction coûtera bien plus cher humainement, mais aussi économiquement, plus cher que les investissements prévus par l'initiative qui prévoit que la Confédération alimente un fonds à hauteur de 0,5 à 1 pour cent du PIB, soit 3,5 à 7 milliards de francs par an, pour financer la transition énergétique, ce qui signifie rénovation des bâtiments, énergies renouvelables, mobilité propre et formation dans les métiers de la transition. Ce sont tous des projets concrets, utiles, créateurs d'emplois et bénéfiques à toutes les régions.

Aujourd'hui, la Suisse dépend encore massivement des énergies fossiles importées, et ceci, pour un coût de 7 milliards de francs par an. Cette initiative vise à renforcer notre indépendance, y compris vis-à-vis des régimes autoritaires exportateurs d'énergie. Dans ce sens, elle n'est pas seulement une réponse environnementale, mais aussi une mesure de sécurité énergétique. Une majorité critique le coût de cette initiative. Pourtant, cela a été dit, le coût de l'inaction sera bien supérieur, et une indépendance aux énergies fossiles nous fera, comme dit précédemment, économiser jusqu'à 7 milliards de francs par an, ces 7 milliards que nous payons chaque année pour acheter du pétrole ou du gaz.

En pleine crise climatique, nous devons renforcer notre résilience face aux événements extrêmes qui touchent désormais aussi l'Europe et la Suisse. Comme pour la santé, où tout le monde est d'accord de dire qu'il vaut mieux prévenir que guérir, dans le cas du climat, il est toujours moins coûteux de prévenir que de réparer. Il s'agit aussi de protéger les générations futures, ne pas leur transmettre une facture insoutenable pour des économies que nous souhaitons faire à court terme. Car plus on attend, plus les mesures seront coûteuses.

L'initiative propose de soutenir des investissements permettant de rendre les énergies propres plus accessibles que les énergies fossiles en misant sur des ressources locales : soleil, eau, vent, dont l'exploitation demande, certes, un investissement initial, mais très peu de frais d'exploitation. Elle prépare ainsi un avenir énergétique durable. Il faut agir maintenant, car chaque tonne supplémentaire de CO2 émise alourdit la facture, chaque année perdue complique la tâche. Plus nous attendons, plus les coûts augmentent, et ceci pour des effets moindres. En investissant dans les énergies renouvelables locales, nous protégeons notre autonomie, notre sécurité et notre prospérité. La Suisse a les moyens technologiques, financiers et institutionnels d'agir. Ne rien faire au prétexte que nous sommes trop petits revient à dire que personne ne doit agir.

Chaque pays doit faire sa part, et la Suisse peut montrer l'exemple, initier des dynamiques et inspirer d'autres. On nous dit aussi que ce n'est pas le moment, car les finances sont tendues. Pourtant, nous trouvons des milliards pour acheter des avions de combat. Or, la menace la plus immédiate, la plus universelle, celle qui compromet la sécurité humaine à long terme, ce n'est pas une invasion hypothétique, c'est le dérèglement climatique. C'est lui qui détruit les récoltes, épuise les nappes phréatiques, altère la santé de la population, fait donc grimper les coûts des primes, affaiblit l'économie et va forcer des millions de personnes à migrer. Il est temps de revoir nos priorités. Les catastrophes climatiques se multiplient. On a entendu qu'il ne faut pas laisser des dettes aux générations futures, mais ce qu'il faut leur laisser, c'est un monde vivable, voire un monde tout court. Et cela devrait suffire à nous convaincre qu'il n'est plus temps d'attendre, pas par bonne conscience, mais tout simplement par bon sens.

Pour toutes ces raisons, je vous invite à accepter l'initiative pour un fonds climat. [PAGE 1198]