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Tuosto Brenda · Nationalrat · 2025-06-19

Tuosto Brenda · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-19

Wortprotokoll

Nous débattons aujourd'hui d'un sujet brûlant, le réchauffement climatique. En Suisse, les glaciers fondent deux fois plus vite que dans le reste du monde, le pergélisol se délite, les montagnes se dérobent, et les événements s'enchaînent comme dans un mauvais film catastrophe, avec des éboulements rocheux, des glissements de terrain, des avalanches, des crues éclair, des chutes majeures d'arbres, parfois d'arbres centenaires même, la multiplication des îlots de chaleur dans nos villes et des dégâts pour le tourisme hivernal et pour l'économie alpine - sans parler des écosystèmes fragilisés et, plus loin, de l'élévation du niveau de la mer. À ce rythme, Venise finira sous l'eau pendant que nous continuerons à débattre de prudence budgétaire.

Face à l'urgence, face à l'ampleur de ces défis, le statu quo n'est plus une option. Nous devons accélérer nos politiques climatiques, car l'urgence ne nous attend pas. Ne faisons pas comme la cigale de la fable qui chantait tout l'été, sans se préoccuper de l'importance de travailler avec rigueur tout l'hiver, ou comme dans la chanson de Mina et Alberto Lupo, "Parole parole". L'heure est à l'action. Ce que montre la longue liste de catastrophes naturelles à laquelle sont confrontées les communes, ce n'est plus une exception, cela devient la norme. Ne cédons pas aux discours que l'on entend parfois - "le climat a toujours varié, la Suisse est trop petite pour qu'on puisse vraiment changer les choses" ou encore "avec les températures de l'Italie, on s'y fera bien". Disons-le clairement, ce sont des excuses pour ne rien faire. Oui, le climat a varié, mais il change très rapidement et l'intensité des évènements n'a jamais causé autant de dégâts. Depuis 2021, ma commune a, par exemple, dû absorber dans son budget plus de 1,6 million de francs pour gérer des événements climatiques extrêmes. En 2021, nous avons été frappés par des inondations fortes liées à la fonte des neiges dans le Jura et les Alpes bernoises. En 2023, la bise noire a ravagé le parc arboricole, causant des dégâts énormes. En 2024, un glissement de terrain consécutif à de fortes pluies a coûté près de 400[NB]000 francs à la commune. Et en 2025, Neuchâtel et Yverdon ont été frappées par de forts vents.

Évidemment, ce fonds climat ne va pas arrêter à lui seul la fonte des glaciers - le phénomène est amorcé depuis l'ère industrielle -, mais ce n'est pas une raison pour ne rien faire. Ce fonds a pour but de limiter l'ampleur des dégâts, de prévenir les effets les plus graves, de préparer notre société à s'adapter, d'avoir une responsabilité internationale sur cette thématique. La Suisse est un pays riche et a des moyens technologiques qu'elle doit mettre en avant. Or, ce que nous propose le Conseil fédéral - le rejet pur et simple de cette initiative sans même un contre-projet ou une proposition -, ce refus de débattre, est incompréhensible.

Certes, cela préoccupe peut-être moins ou peu la majorité des élus de ce Parlement, dont l'espérance de vie restante est sans doute déjà plus courte que la moitié de la mienne, mais, moi, cela m'importe et cela importe aussi aux générations suivantes. Certes, la Confédération consacre presque 2 milliards de francs par année à ces besoins, mais, selon une étude de l'ARE, les coûts externes du trafic routier s'élèvent à plus de 19 milliards de francs par année. Cela n'est pas du tout intégré. Comment alors répondre aux objectifs de neutralité carbone d'ici à 2050 ? Les chiffres sont clairs : selon une étude, il faudrait presque 13 milliards de francs par année. Le fonds climat prévoit de verser entre 0,5 et 1 pour cent du PIB, soit entre 3,9 et 7,8 milliards de francs par année ; un effort nécessaire.

Un fonds climat alimenté durablement est un levier puissant pour accélérer cette transition. C'est le signal clair qu'attendent les cantons, les communes, les entreprises, les citoyennes et les citoyens. Ce fonds ne remplace pas le principe du pollueur-payeur : il donne juste les moyens d'agir et la légitimité de le faire. Face à l'urgence climatique, nous avons le devoir de faire preuve de courage politique. Recommander le rejet de cette initiative sans débat et sans alternative serait tourner le dos à nos responsabilités. Je me permets donc de conclure avec une réplique d'un film bien connu : "Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous allons faire du temps qui nous est imparti." Ce temps pour le climat, c'est maintenant.

Je vous invite à soutenir cette initiative. [PAGE 1211]