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Neirynck Jacques · Nationalrat · 2003-09-17

Neirynck Jacques · Nationalrat · Waadt · Christlichdemokratische Fraktion · 2003-09-17

Wortprotokoll

Il n'est pas possible d'aborder dans le détail la foule d'arguments échangés dans le débat d'entrée en matière tant ils sont nombreux, disparates et contradictoires. Il n'y en aurait pas tellement de mauvais, s'il y en avait un seul pertinent et avouable. Chacun y va de sa profession de foi théorique pour la recherche mais s'empresse d'élever des obstacles pratiques. Au fond, la recherche n'est plus qu'un sujet politiquement correct, mais elle est désavouée dans le secret des coeurs. Nous recommençons ici la même comédie que celle jouée pour le projet Gen-lex et celle qui le sera pour l'analyse génétique humaine. Ce débat de fond devra être un jour entrepris, mais ce n'est ni le temps, ni le lieu.

Je vais essayer d'aborder quelques-uns des arguments d'occasion utilisés pour refuser d'entrer en matière.

1. Il ne serait pas urgent de débattre. Or la première intervention demandant une législation date de 1998, voici cinq ans, provenant du reste de Mme Dormann Rosmarie, une des opposantes d'aujourd'hui. Faute de légiférer, le Parlement a délégué ce pouvoir à des instances comme le Fonds national de la recherche scientifique ou l'Académie suisse des sciences médicales, qui ne demandent, du reste, que d'abandonner cette fonction et que nous fassions notre métier. Attendre cinq ans dans un domaine qui bouge aussi vite est inadmissible. C'est un aveu de faiblesse, d'incompétence et d'impuissance de notre part.

2. Cette loi ne serait pas constitutionnelle. Je suis incapable de me jucher comme certains de mes collègues sur une compétence de juriste que je ne possède pas. Je vous invite ici à faire confiance aux juristes de la Confédération dont c'est le métier. Je suppose que le département ne nous propose pas une loi anticonstitutionnelle, mais je ne peux pas trancher.

3. Beaucoup d'arguments ressortissent au genre littéraire qui s'appelle l'amalgame: réfuter un argument solide en le faisant passer pour ce qu'il n'est pas. Ainsi, il n'est pas question dans cette loi de clonage; le "clonage" est interdit par la loi. De même, il n'est pas question de commercialisation; la commercialisation est interdite par la loi. Il n'est pas question de développer des embryons dans le but de fabriquer des lignées de cellules souches, cela est aussi interdit. Il n'est pas honnête de faire croire que ce ne l'est pas ou encore de supposer que des révisions de la loi vont nécessairement, inévitablement, introduire ces pratiques condamnées. Jugeons cette loi pour ce qu'elle est, et non pour ce que certains imaginent qu'elle est ou qu'elle deviendrait.

4. L'argument des autres méthodes. On est revenu régulièrement sur l'idée que l'on n'aurait pas besoin de faire de la recherche sur les cellules souches embryonnaires et que les cellules souches adultes pourraient les remplacer. Il n'y a pas un seul expert en biologie moléculaire qui pourrait venir aujourd'hui défendre cette thèse devant cette assemblée. Et cependant, elle a été soutenue plusieurs fois avec un aplomb inversement proportionnel à la connaissance du sujet. Personne n'en sait rien et personne n'en saura rien jusqu'au moment où toutes les voies auront été explorées. On ne peut pas obtenir tous les résultats sur les cellules souches embryonnaires en étudiant uniquement des cellules souches adultes. C'est une question de bon sens!

5. La protection de la vie. Les mêmes intervenants qui jadis ont défendu l'avortement jusqu'à la quatorzième semaine, c'est-à-dire la mise à mort délibérée d'un foetus bien constitué, voudraient aujourd'hui interdire le prélèvement de cellules sur un embryon de quelques jours voué à la destruction. Au nom de la protection de la vie! Mais s'ils sont cohérents, ils doivent aussi faire interdire la dissection de cadavres dans les facultés de médecine! C'est contraire à la dignité de l'être humain. Et ils devraient faire interdire le prélèvement d'organes sur les mourants en vue de transplantations.

6. Le plus inquiétant est cette méfiance instinctive, fondamentale, crispée à l'égard de la recherche. On s'est gaussé ici même voici quelques heures des promesses incertaines et des résultats aléatoires de la recherche. C'est tout ignorer de ce qu'elle est que de lui reprocher son essence même, sa fragilité, ses incertitudes, ses risques et ses échecs. Il est une façon sûre de ne jamais échouer, c'est de ne jamais entreprendre. Cela devient malheureusement un leitmotiv dans la politique de ce pays.

7. Le dernier type d'argument est l'évocation rituelle de l'éthique. Mais cette évocation va toujours à sens unique. Les uns se drapent dans la pureté de leur éthique en laissant entendre que les autres en sont démunis, qu'ils agissent dans le seul but de servir leurs intérêts matériels, que cette loi mène à l'instrumentalisation et à la marchandisation du corps humain. Quelle logomachie! Quelle prétention que de se décerner à soi-même un brevet d'excellence moral! Quelle agression que de s'en prendre à l'intégrité d'autrui! Certes, il y aura transgression des préjugés, mais c'est la même que celle d'André Vésale, qui a été condamné par l'Inquisition parce qu'il avait introduit la dissection dans l'université dont je suis originaire, celle de Galilée, que vous connaissez, et celle d'Andreï Dimitrievitch Sakharov. La transgression des préjugés est la fonction de la recherche, pour savoir et connaître, mais aussi pour aider et pour soulager. Il existe aussi un droit et même un devoir de soigner les malades. Pas une seule fois, il n'a été évoqué par les opposants, sinon pour être ridiculisé et nié.

Finalement, un pays développé mène des recherches sophistiquées tandis que dans les pays sous-développés, la médecine la plus élémentaire ne peut être décemment exercée. Je le regrette. Est-ce une raison pour arrêter la recherche chez nous, alors que la recherche d'aujourd'hui deviendra la médecine banale de demain? Faut-il continuer à mourir de la maladie d'Alzheimer ici aussi longtemps qu'il y aura la malaria en Afrique? Etrange psychologie, singulière logique qui dévoile une idéologie sous-jacente et qui la condamne.

Je vous invite à entrer en matière par un oui franc et massif.