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Gaillard Benoît · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-09-25

Wortprotokoll

L'initiative populaire qui nous est soumise essaie de faire passer l'immigration comme le principal enjeu pour l'avenir de la Suisse et la limitation de la croissance de la population comme une solution, nous venons de l'entendre dans les mots de M.[NB]Imark, comme une solution à tous les problèmes que nous rencontrons. Mesdames et Messieurs, c'est tout simplement un écran de fumée qui ne vise qu'une chose[NB]: dissimuler les vrais problèmes et les vrais scandales dans ce pays. Pire que cela, pire que l'écran de fumée, ce serait une vraie rupture avec le succès dont nous devrions être fiers, Mesdames et Messieurs du groupe UDC également, plutôt que de le saboter.

Trois points. D'abord, le scandale de la sous-enchère salariale, qui a été évoqué par plusieurs orateurs. Mesdames et Messieurs, la sous-enchère salariale se combat par des contrôles. Je vous livre aujourd'hui un scoop[NB]: ce sont les employeurs qui paient des salaires trop bas. Ce ne sont pas les employés qui paient des salaires trop bas. Voulez-vous que je vous dise quel est le vrai scandale[NB]? C'est que le patronat de branches aussi importantes que le commerce de détail ou les soins refuse systématiquement de négocier des conventions collectives de branches[NB]; c'est que le Conseil fédéral, sur ce plan, se complaît dans une inaction totale[NB]; c'est que la densité des contrôles est insuffisante dans des régions rongées par le dumping. Réintroduisez des contingents, réintroduisez le statut de saisonnier, vous n'aurez pas moins de concurrence déloyale sur les salaires. Vous en aurez plus. Nous l'avons vu par le passé. Nous le voyons aussi dans les pays qui pratiquent des régimes d'immigration aussi contraignants que celui que propose l'initiative.

Le scandale des salaires en Suisse, deuxième point, c'est qu'il y a des gens qui travaillent et qui ne gagnent pas de quoi vivre et de quoi faire vivre leur famille. C'est que les classes moyennes, dans ce pays, constatent que depuis dix ans leur salaire stagne, leur pouvoir d'achat diminue. Voulez-vous que je vous dise, chères et chers collègues de l'UDC, ce qu'attendent les travailleuses et les travailleurs de Suisse[NB]? Non pas votre initiative, ils attendent qu'on allège leurs primes maladie, ils attendent que ceux qui gagnent très bien leur vie paient leur part, au lieu de voir leurs impôts baisser ou d'échapper au fisc par d'autres moyens. Pouvons-nous compter sur vous[NB]? Pouvons-nous compter sur l'UDC pour atteindre ces buts[NB]? La réponse est dans la question[NB]: elle est malheureusement négative. Vous êtes trop occupés, Mesdames et Messieurs du groupe UDC, à empêcher les cantons d'introduire des salaires minimums au mépris de la démocratie, à défendre les salaires délirants des managers des caisses-maladie et des banquiers, à obliger les gens, comme vous l'avez fait il y a deux jours, à bosser le soir et le dimanche, alors que leur salaire stagne depuis dix ans. Voilà ce que vous êtes occupés à faire. Cela n'a aucun sens et ne répond pas aux problèmes.

Troisième élément, le scandale des infrastructures en Suisse. Ce n'est pas la croissance de la population qui le provoque. C'est l'absence d'investissements suffisants, que les [PAGE 1859] mêmes milieux qui veulent aujourd'hui limiter l'immigration s'appliquent à bloquer. Si nous vous suivions, il y aurait moins de trains régionaux, moins d'investissements dans les gares, moins d'investissements dans les énergies renouvelables, et se déplacer coûterait plus cher. Voulez-vous que je vous dise de quoi nous avons besoin[NB]? Nous avons besoin de renouer avec un esprit conquérant et courageux. La croissance économique était la même quand nos prédécesseurs ont bâti la Suisse d'aujourd'hui. La croissance démographique était la même quand nos prédécesseurs, à qui nous devons le respect, dans cette salle et ailleurs, ont bâti la Suisse d'aujourd'hui. La croissance, la prospérité nous mettent au-devant de défis. Il serait absurde de le nier. Mais empoignons-les, et empoignons-les comme des Suisses[NB]! Construisons le pays de demain comme nos prédécesseurs ont construit celui d'aujourd'hui.

Mesdames et Messieurs, il faut voir à travers cet écran de fumée. Oui, notre pays est face à de grands défis. Oui, il faut nous y attaquer. Mais en développant nos forces. Et je vais vous faire une confidence[NB]: le fait que des gens viennent d'autres pays, chez nous, pour travailler, pour contribuer à la prospérité, ce n'est pas un problème. C'est une force, car c'est là-dessus que l'on a construit la Suisse, sur le fait que le système garantit que le travail paie, que les infrastructures suivent et que chacun paie sa juste part et apporte sa contribution aux efforts communs. C'est cela la réponse forte de la Suisse, Mesdames et Messieurs de l'UDC. C'est la réponse forte de la Suisse là où votre initiative est une réponse faible. Comme si nous avions tout à coup peur de notre ombre, peur de nos forces et que nous ne pouvions plus faire preuve du courage dont ont fait preuve nos ancêtres. Mesdames et Messieurs de l'UDC, dites non à la faiblesse. Dites non à l'écran de fumée. Recommandez au peuple et aux cantons de dire non à cette initiative, qui est le contraire de ce qui a fait la Suisse et sa force.

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