Lexipedia

Gobet Nadine · Nationalrat · 2025-09-25

Gobet Nadine · Nationalrat · Freiburg · FDP-Liberale Fraktion · 2025-09-25

Wortprotokoll

Les préoccupations de la population face aux défis liés à l'immigration, qu'il s'agisse de logement, de mobilité ou de sécurité, sont légitimes et doivent être prises au sérieux. L'une des réponses passe par la mise en oeuvre d'une politique migratoire ferme et ciblée. Mais celle qui veut limiter arbitrairement la population à 10 millions serait une grave erreur. Cela freinerait notre croissance, affaiblirait nos retraites et priverait des secteurs essentiels comme la santé, la construction ou l'agriculture de la main-d'oeuvre dont ils ont absolument besoin.

Si cette initiative prétend assurer la durabilité de notre système, elle est en réalité très éloignée de cet objectif. Elle représente une menace directe pour la prospérité de notre pays et notre qualité de vie. Avec une limite de population fixée arbitrairement à 10 millions et l'abandon de la libre circulation des personnes comme but ultime, cette initiative fait fi de la réalité démographique de notre pays, qui se traduit actuellement par une chute des naissances et un important vieillissement de la population.

Aujourd'hui déjà, de nombreux secteurs sont confrontés à une pénurie chronique et croissante de main-d'oeuvre, qualifiée ou non[NB]; les estimations prévoient le manque de quelque 400[NB]000 travailleurs à plein temps d'ici 2035, soit presque demain. Nous sommes tous d'accord pour donner la priorité à l'intégration de la main-d'oeuvre indigène dans le marché du travail avec des mesures fiscales, d'amélioration de l'employabilité et autres. Toutefois, cette main-d'oeuvre là n'est pas suffisante pour répondre aux besoins de nos entreprises. L'apport de travailleurs étrangers, en particulier européens, est tout simplement indispensable, notamment à l'heure où nos entreprises sont déjà soumises à une concurrence internationale de plus en plus forte.

La main-d'oeuvre étrangère est, par exemple, essentielle au bon fonctionnement de nos hôtels-restaurants et des sociétés de nettoyage. Elle l'est tout autant dans d'autres secteurs encore plus sensibles, tels que la santé, la construction ou l'agriculture. Dans le secteur technologique, environ 45 pour cent des ingénieurs informatiques en Suisse sont issus de l'étranger. Sans cette main-d'oeuvre qualifiée, les entreprises suisses innovantes peineraient à maintenir leur compétitivité sur le marché mondial.

Avec le vieillissement de la population et l'augmentation de maladies chroniques, les besoins en prestations médicales et infirmières sont continuellement en hausse. En 2024, plus de 40 pour cent des médecins exerçant en Suisse ont suivi leurs études et obtenu leur diplôme à l'étranger. Cette proportion n'a cessé d'augmenter ces dernières années. Qui remplacera les infirmiers et les infirmières dans nos EMS[NB]? Plus largement, qui prendra soin de nos personnes âgées, alors que les besoins en soins explosent déjà[NB]? Dans l'agriculture ou la construction, des milliers d'emplois reposent sur la main-d'oeuvre étrangère. Sans elle, le fonctionnement de certaines exploitations sera remis en question. Des employés manqueront pour construire nos logements et nos écoles. Est-ce vraiment l'avenir que nous voulons pour la Suisse[NB]? Il serait toutefois naïf d'ignorer les préoccupations de la population. Oui, la croissance démographique soulève des défis bien réels en matière de logement, de mobilité, d'infrastructures ou de formation. Ce n'est pas en fermant la porte aux travailleurs dont notre économie dépend que nous relèverons ces défis. C'est en investissant davantage dans des logements[NB]accessibles,[NB]des[NB]transports publics et des infrastructures efficaces et dans la formation. C'est en renforçant nos capacités internes et non en affaiblissant notre prospérité, que nous pourrons garantir la cohésion sociale et le bien-être de tous.

En conclusion, cette initiative fait prendre un risque majeur à la Suisse. Limiter arbitrairement la population au chiffre de 10 millions, censé nous rendre heureux, et restreindre la libre circulation des personnes, c'est se priver des travailleurs dont la Suisse a absolument besoin[NB]: moins de médecins, moins d'infirmiers, moins d'ouvriers et moins de spécialistes. Ce sont nos hôpitaux et nos entreprises qui en pâtiront et, avec eux, toute la population. Le taux de chômage reste bas malgré l'immigration et les mesures d'accompagnement encadrent efficacement l'accès au marché du travail. Ce n'est pas en mettant la Suisse sous cloche que nous serons heureux. Il est dans notre intérêt de maintenir un accès facilité aux travailleurs étrangers, mais en renforçant la participation de la main-d'oeuvre résidente. C'est ainsi que la Suisse assurera sa prospérité et sa durabilité pour les générations futures.

Dans ce sens, je vous invite à rejeter cette initiative.