Berli Rudi · Nationalrat · 2025-12-10
Berli Rudi · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2025-12-10
Wortprotokoll
L'initiative sur l'alimentation pose plusieurs objectifs importants sur lesquels je vais rapidement revenir. Pour les citer en vrac[NB]: le degré d'auto-approvisionnement, la fertilité des sols, la biodiversité, le renforcement de la production végétale, le maintien des semences, la protection des eaux.
Première chose[NB]: ce qui est frappant, c'est que le texte de l'initiative ne parle pas des paysans ni des paysannes. Pourtant, il faudra des paysannes et des paysans. Il faudra plus de paysans et de paysannes qui peuvent vivre dignement de leur métier pour faire cette transition vers une agriculture et un système alimentaire plus durables.
Renforcer la production indigène est un objectif important. D'abord, le degré d'auto-approvisionnement net de 46 pour cent est un record négatif au niveau mondial. Pour une question de sécurité et de souveraineté alimentaire, ce taux devrait monter au moins au-dessus de 50 pour cent. Fixer un seuil défini en matière d'auto-approvisionnement, comme le demande l'initiative, est cependant difficile avec un accroissement démographique annuel de 80[NB]000 personnes.
Concernant le renforcement de la production végétale, 70 pour cent des surfaces agricoles utiles suisses sont constituées de prairies et de pâturages. Ces surfaces ne peuvent être valorisées pour l'alimentation humaine qu'à travers les ruminants. Dans ces régions de collines et de montagnes, l'élevage ne peut être remplacé.
Oui, il faut renforcer la production végétale. Oui, ce taux de 40 pour cent qu'on a aujourd'hui au niveau de la production végétale est trop bas. Mais non, il ne faut pas opposer la production végétale à la production animale. Aujourd'hui, nous constatons une concentration du nombre d'animaux dans un nombre de fermes en diminution. La Suisse compte moins de fermes, mais celles-ci deviennent plus grandes et plus spécialisées. L'exemple de la volaille est le plus éloquent[NB]: en 20 ans, le nombre de fermes à volailles a reculé de 26 pour cent, mais le nombre de volailles, lui, a augmenté de près de 90 pour cent.
La politique agricole détruit des fermes paysannes. Les paiements directs ne tiennent pas compte du travail, mais des surfaces. La politique de libéralisation des marchés favorise la concurrence et les importations, qui mettent une pression générale sur les prix à la production. Ces conditions-cadres économiques poussent les fermes vers la spécialisation et vers l'agrandissement, qui sont à l'origine des problèmes et qui se présentent aujourd'hui comme une apparente contradiction entre production et écologie. Le travail paysan doit être reconnu, valorisé, avec des prix équitables, des prix rémunérateurs, que ce soit en plaine comme en montagne. Cette valeur du travail doit être prise en compte dans la future refonte des paiements directs.
La solution à ces problèmes est l'agriculture paysanne, le modèle de polyculture et d'élevage diversifié, au coeur d'une économie circulaire naturelle. L'élevage valorise les prairies et les sous-produits des cultures, tandis que le fumier fertilise les champs, créant un cercle vertueux essentiel pour la fertilité des sols, réduisant les engrais chimiques. L'intégration de prairies temporaires dans les rotations culturales et l'utilisation de techniques agronomiques paysannes modernisent ce système traditionnel pour une agriculture plus durable et résiliente, répondant aux défis climatiques et à l'auto-approvisionnement.
Ce n'est pas une vision utopique, mais cela peut être mis en oeuvre par des mesures politiques. Ces objectifs doivent être intégrés dans la future Politique agricole 2030 plus. La protection des eaux doit être traitée au niveau de la mise en oeuvre des ordonnances sur la protection des eaux et sur l'eau potable. La protection des sols doit être traitée, elle, au niveau de la protection des surfaces d'assolement, en tenant notamment compte de la qualité de ces dernières.
Pour ces raisons, je recommande de rejeter cette initiative.