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Docourt Martine · Nationalrat · 2025-12-17

Docourt Martine · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-12-17

Wortprotokoll

Accroître notre autosuffisance alimentaire, préserver nos ressources naturelles et promouvoir une agriculture ainsi qu'un secteur agroalimentaire durables constituent les objectifs de l'initiative sur l'alimentation.

Cette initiative soulève une discussion nécessaire, mais les moyens proposés pour y répondre ne représentent pas la solution adéquate. Néanmoins, pourquoi cette discussion est-elle indispensable[NB]?

Les objectifs environnementaux pour l'agriculture existent depuis 2008. Ils définissent des limites maximales visant à protéger le climat, les sols, l'eau potable et la biodiversité. Or, aujourd'hui, force est de constater que ces limites sont largement dépassées, en grande partie à cause de l'augmentation des importations de fourrage destiné à la production animale - 1,3 million de tonnes importées -, entraînant une hausse de 70 pour cent des émissions d'ammoniac, un gaz azoté toxique. Le dépassement des limites fixées pour les engrais, comme le montre la pollution de nos forêts par l'ammoniac, n'est pas en accord avec notre cadre réglementaire depuis au moins 17 ans. Depuis 2008, la production animale dépendante des aliments importés n'a pas diminué[NB]; elle a même augmenté de près de 40 pour cent. Les importations d'aliments pour animaux sont passées de 820[NB]000 tonnes à plus de 1,2 million de tonnes aujourd'hui, et la moitié de la viande de poulet suisse repose sur ces importations. Les coûts que la Confédération devrait assumer pour permettre à l'agriculture de respecter ces valeurs maximales restent relativement modestes par rapport aux coûts économiques énormes que le système actuel impose à l'environnement, au climat et à la santé, estimés à 31,8 milliards de francs par an. Il est donc impératif d'élever les animaux là où pousse leur nourriture. Cela permet de refermer les cycles nutritifs en Suisse et à l'étranger, conformément à l'article 104a de la Constitution fédérale, qui prône une production adaptée aux conditions locales.

Aujourd'hui, l'importation massive d'aliments pour animaux engendre des excédents de nutriments en Suisse, tandis que les pays d'origine souffrent de carences ou recourent davantage aux engrais minéraux. Ce déséquilibre n'est en rien durable. De plus, le changement climatique et la fermeture de captages d'eaux souterraines en raison de résidus de pesticides et de nitrates menacent notre approvisionnement en eau potable. Il y a plus de dix ans, les scientifiques du programme national de recherche "Gestion durable de l'eau" appelaient déjà à l'élaboration d'une stratégie nationale pour garantir l'eau en Suisse, y compris par une meilleure protection des ressources. Pendant ce temps, l'Allemagne et l'Union européenne ont mis en place de telles stratégies en réaction[NB]au[NB]changement climatique, à la pollution et à l'usage excessif de l'eau, comblant les lacunes en données et en coordination.

À ce jour, la Confédération ne sait toujours pas exactement quelle quantité d'eau nous consommons ni de quelles ressources nous disposons. Face au changement climatique et aux polluants détectés dans nos nappes phréatiques, pourquoi la Confédération n'assume-t-elle pas cette responsabilité essentielle[NB]?

Enfin, comme je l'ai souligné en introduction, l'initiative n'apporte pas la bonne solution. Les problèmes actuels résultent de la politique menée ces dernières années et d'incitations inadaptées. Pendant des décennies, l'agriculture a suivi les directives de ce Parlement. Revenir en arrière en dix ans, par le biais de cette initiative, impliquerait un effort financier considérable pour soutenir toutes les exploitations fortement engagées dans l'élevage.

Il est indéniable que nous devons tendre vers une alimentation plus végétale, mais cette transition doit être progressive et socialement acceptable. La politique agricole 2030 plus offre précisément cette possibilité.

C'est pourquoi, pour donner l'exemple et garantir une transition durable et réaliste, je vous invite à accepter la proposition de la minorité de la commission et à recommander le rejet de l'initiative.

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