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Golay Roger · Nationalrat · 2025-12-17

Golay Roger · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2025-12-17

Wortprotokoll

La question de la souveraineté alimentaire s'est enfin imposée dans la société suisse tout comme parmi les responsables politiques. C'est certainement une bonne chose. Malheureusement, comme souvent, le sujet révèle, selon les interprétations des uns et des autres, des enjeux très différents. Certains, derrière l'évocation de la souveraineté, voient avant tout l'indépendance du pays en matière d'alimentation en période de crise. Ils n'ont pas d'agenda caché et demeurent assez simplement soucieux que la population suisse puisse maintenir intacts ses habitudes, son train d'existence et son rythme de vie. Je suis de ceux-là. D'autres se servent de cette cause assez populaire pour, en complément, protéger les intérêts économiques de l'agriculture indigène. Je peux les comprendre. D'autres encore, dont les auteurs de l'initiative sur l'alimentation, ont une intention beaucoup plus dogmatique et révolutionnaire, qui consiste à provoquer le changement de régime alimentaire de la population suisse.

En effet, évidemment, il n'est pas possible, en dix ans, comme l'exigent les initiants, d'atteindre une souveraineté alimentaire de 70 pour cent sans reconvertir toutes les cultures suisses à la production fourragère, et ce, afin de nourrir nos veaux, vaches, moutons, cochons et poulets[NB]; exit dans ce cas les patates, le riz, les légumes et les fruits. Ce n'est d'ailleurs pas ce que demandent les initiants, qui sont parfaitement francs. Ils exigent que l'on renonce aux veaux, vaches, cochons, moutons et poulets au profit des graines et légumes, qui deviendraient donc la nouvelle base de la nourriture de tout un chacun. Cette manière de contraindre la population suisse s'écarte singulièrement de l'écologie heureuse et impose, sous le couvert de la souveraineté, une modification de nos habitudes tout aussi brutale qu'indésirable. Je m'y oppose fermement.

Qu'il faille prendre en considération des critères de durabilité environnementale dans nos politiques publiques, j'en conviens volontiers. Qu'on cherche à créer le Suisse nouveau, successeur du Suisse archaïque qui apprécie la viande et le fromage, je n'y souscris pas. Le but n'est pas noble et la méthode fleure bon l'extrémisme.

Il faut plutôt, comme le recommande le Conseil fédéral, inscrire certains enjeux dans l'évolution de la politique agricole, rechercher un consensus populaire et avancer avec autant de sagesse que de pondération. Il en ressortira des solutions pragmatiques et réalisables.

Je vous invite donc à recommander le rejet de cette initiative.