Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2003-09-29
Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2003-09-29
Wortprotokoll
Pour le groupe écologiste, cet objet représente un enjeu important pour la crédibilité et la cohérence de l'objectif de protection de la jeunesse que la droite de ce Parlement a si fortement invoqué la semaine dernière à propos du cannabis.
Les alcopops, effectivement, c'est un produit qui peut paraître bénin, mais M. Eggly a parfaitement raison, il fait partie des inventions perfides qui plaisent aux jeunes et en particulier aux jeunes filles qui, jusqu'ici, restaient loin derrière les jeunes gens pour la consommation d'alcool. Cela fait partie de la panoplie des "accroche-jeunes" qu'ont inventés les producteurs d'alcools et de spiritueux: dans la diversification de leurs produits, des inventions telles que la bière au cannabis, la bière aux fruits, le vin doux, le "Viagra-pop", tout ce que l'on appelle des "designer drinks". Ce sont des boissons qui sont faites, selon les producteurs eux-mêmes, pour faire aimer l'alcool à ceux qui n'aiment pas le goût de l'alcool. Ce sont des inventions peut-être banales, mais soutenues par un marketing ciblé "jeunes", avec des emballages design, des circuits de distribution réservés aux lieux branchés. On ne vend pas de l'alcool, on vend un style de vie. Et ça marche!
Mme Meier-Schatz a rappelé les chiffres de la consommation, je n'y reviens pas, mais il est vrai que c'est une explosion des ventes. La semaine dernière, la consommation de cannabis en forte augmentation chez les mineurs a provoqué des émotions grandiloquentes dans cette salle! Il faut savoir que la consommation d'alcool est tout aussi préoccupante: 60 000 élèves de 11 à 16 ans ont déjà été ivres plusieurs fois. Nombreux sont ceux qui, lors des sorties du week-end, cherchent la défonce et boivent jusqu'au coma éthylique. On a maintenant des demandes de traitement pour dépendance alcoolique venant de jeunes de moins de 20 ans. Or, la précocité de la première rencontre avec le produit joue un rôle déterminant dans l'établissement d'une dépendance, et c'est exactement cette rencontre précoce que les alcopops permettent.
Ajoutons encore que l'alcool entraîne un coût social de près de 3 milliards de francs par année, dont la moitié est due non pas à l'alcoolisme chronique, à la maladie de la dépendance, mais aux consommations excessives, sous forme d'accidents, de bagarres, de casse, d'absentéisme. Alors, vous qui êtes contre les ivresses cannabiques, vous ne pouvez pas vouloir ça, ces ivresses alcooliques absolument désastreuses pour les mineurs.
Pour le groupe écologiste, il n'est pas question ici d'interdire ces produits. Nous ne sommes pas pour la prohibition. Il s'agit de développer la prévention en général et de restreindre l'accès, en particulier par des mesures sur les prix, exactement comme il était question de le faire pour le cannabis. C'est la mesure la plus efficace. En 1998, quand a eu lieu le premier boom de consommation des premix, leur passage au régime des boissons distillées par leur intégration dans la loi sur l'alcool a eu un effet absolument spectaculaire. Ils ont quasiment disparu du marché. Mais c'est la nouvelle réglementation fiscale qui fait que maintenant les prix sont redevenus abordables. Si les producteurs nous disent qu'un impôt est inefficace, alors pourquoi disent-ils en même temps que si cette imposition passe, ils retireront les produits du marché? C'est justement la preuve que c'est très efficace.
Pour le groupe écologiste, il est extrêmement choquant de constater que ce sont pratiquement les mêmes personnes qui ont rejeté avec virulence l'entrée en matière sur le projet de révision de la loi sur les stupéfiants et qui proposent maintenant de refuser cette taxe, au mépris de la santé publique et de la protection de la jeunesse. Je sais, j'ai entendu M. Triponez, ils le font aussi au nom de l'égalité de traitement ou de la lutte contre l'hypocrisie. Ce sont de beaux objectifs, mais cela fait des années que j'entends ce même discours. Quand on parle de prévention, on nous dit toujours qu'il faut faire autrement, pas maintenant, ni comme ça. En fin de compte, on ne fait rien du tout!
Alors prenez garde, chers collègues, votre attitude risque de passer pour une manière de laisser les jeunes, et particulièrement les mineurs, aux prises avec les trafiquants de drogue, mais aussi avec les producteurs de spiritueux et l'industrie du tabac. Il faut être cohérent, sinon la protection de la jeunesse que vous revendiquez est tout simplement non crédible.
C'est pour ces raisons que le groupe écologiste vous prie d'entrer en matière et d'adopter la proposition de la majorité concernant la taxe sur les alcopops.