Addor Jean-Luc · Nationalrat · 2026-03-04
Addor Jean-Luc · Nationalrat · Wallis · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2026-03-04
Wortprotokoll
Nos élites ne croient plus à la neutralité comme facteur de sécurité pour notre pays. Ce n'est hélas pas nouveau. Le phénomène connaît pourtant, depuis la guerre en Ukraine, une accélération inquiétante qu'il s'agit de stopper. Sans remonter beaucoup plus loin encore, on n'oublie pas qu'il a fallu l'UDC et le peuple, en 1992, pour empêcher l'adhésion à l'Espace économique européen, mais ce ne fut que partie remise. En 1996, la Suisse adhérait au Partenariat pour la Paix, sous-produit de l'Otan, qui n'est elle-même qu'un outil de projection de la puissance américaine dans le monde et de sujétion des pays d'Europe. Ce fut ensuite l'adhésion à l'ONU en 2002, avec à la clé, en 2023/24, la[NB]présidence[NB]du[NB]parfois[NB]très[NB]belliqueux[NB]Conseil de sécurité.
Depuis quatre ans maintenant que dure la guerre en Ukraine, nous assistons à ce qu'il faut bien appeler un bradage de notre neutralité, pan par pan, au point qu'il n'en restera bientôt plus que le souvenir dans les livres d'histoire. On peut parler des sanctions contre la Russie. Plutôt que de se limiter à éviter que notre pays ne soit utilisé pour les contourner, voici que le Conseil fédéral a cru devoir se transformer en premier de classe de l'Union européenne et de l'Otan, avec pour résultat un impact nul sur le conflit, mais un autogoal historique, soit une baisse spectaculaire du pouvoir d'achat des Suisses. Ainsi réduite au rang de protagoniste du conflit, d'une guerre qui n'est pas la sienne, la Suisse a perdu toute crédibilité aux yeux de la Russie pour mettre ses bons offices au service de la paix. L'inutile sommet du Bürgenstock, auquel nous n'avions même pas invité la Russie, n'a rien arrangé. Tout au plus, depuis qu'avec notre ministre des affaires étrangères, la Suisse assume cette année la présidence de l'OSCE, voyons-nous quelques lueurs avec, enfin, il y a peu, un contact de haut niveau avec les autorités russes. [PAGE 157]
Pensons aussi à la dérive européiste et atlantiste, concrétisée par diverses adhésions intervenues à la barbe et parfois même contre la volonté du Parlement - Pesco, European Sky Shield Initiative, et j'en passe. Pensons enfin et surtout à ce traité colonial de soumission que nous avions fait sortir par la porte et que le Conseil fédéral veut maintenant faire rentrer par la fenêtre.
Eh bien, ça suffit[NB]! La neutralité perpétuelle et armée n'est pas "une vieille idole qu'on encense par habitude", comme disait un écrivain. C'est un outil essentiel pour la sécurité de la Suisse, un principe de politique extérieure qui nous a préservés et nous préserve toujours d'aventures hasardeuses. Il est urgent d'y revenir strictement et, pour cela, de l'ancrer plus précisément qu'aujourd'hui dans notre Constitution fédérale. C'est le seul moyen d'éviter que l'on puisse impunément lui faire dire autre chose que ce que signifie son étymologie. Si elle ne veut pas disparaître et se laisser fracasser entre les blocs qui, plus que jamais, s'affrontent, la Suisse doit avoir le courage - c'est cela la définition de la neutralité - de n'être ni d'un côté ni de l'autre.
Pour cela, nous devons recommander de dire oui à cette initiative sur la neutralité et de rejeter son contre-projet qui, à moins que nous ne suivions la minorité I (Büchel Roland), enlève toute substance à la définition de cette neutralité à laquelle nous devons revenir.