Roduit Benjamin · Nationalrat · 2026-03-04
Roduit Benjamin · Nationalrat · Wallis · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2026-03-04
Wortprotokoll
La neutralité fait partie de notre identité. C'est un label suisse. La neutralité est un concept central à l'origine de nombreux succès pour notre pays. La neutralité nous a permis de devenir le siège des grandes institutions internationales, d'échapper au drame des deux guerres mondiales et de prendre le rôle de gardien des conventions humaines. Hier comme aujourd'hui, il n'est en aucun cas question de renier notre politique de neutralité, mais plutôt de la défendre face à ceux qui souhaitent la dénaturer. En effet, l'initiative sur la neutralité, paradoxalement, ne vise pas le renforcement du principe de neutralité ni le soutien de la place de la Suisse sur le plan international. Au contraire, elle entamera la crédibilité et l'efficacité de la neutralité en la rendant insensible et dogmatique. Pour rappel, au Congrès de Vienne en 1815, les grandes puissances de l'époque - Autriche, France, Grande-Bretagne, Prusse et Russie - ont reconnu et garanti la neutralité perpétuelle de la Suisse et l'inviolabilité de notre territoire dans l'intérêt des puissances européennes. Cette mention est curieusement oubliée par les nombreux orateurs qui m'ont précédé.
Décortiquons en trois points le texte qui, à force de confusion, ne fera qu'affaiblir la place diplomatique suisse. Premièrement, la neutralité ne signifie pas l'isolement et le décalage international. À l'heure des guerres hybrides, ce texte empêcherait la Suisse de collaborer avec ses voisins en matière de politique de sécurité, sauf en cas de menaces directes et immédiates. La Suisse ne pourrait donc plus participer à des programmes internationaux pour assurer la cybersécurité générale ou pour échanger des informations dans le cadre de la lutte contre le terrorisme mondial. Deuxièmement, neutralité ne signifie pas irresponsabilité et insensibilité face aux violations du droit international. Pourtant, les initiants proposent d'interdire l'adoption de sanctions économiques contre ceux qui ne cessent de s'asseoir sur les traités dont nous sommes pourtant garants. Avec ce texte, notre pays deviendrait complice implicite des crimes de guerre et de ceux qui attaquent le monde libéral dans lequel nous vivons.
Les gouvernements autoritaires fleurissent. Il est de la responsabilité de la Suisse de défendre ces principes, car il n'y a pas de neutralité possible face aux crimes et aux violations.
Troisièmement, la neutralité ne doit pas être un dogme rigide et aveugle, mais un équilibre cohérent et pragmatique à trouver, comme ont très bien réussi à le comprendre les générations précédentes. Soyons clairs[NB]: la neutralité stricte et intégrale dont rêvent les initiants n'a jamais existé. Même durant les périodes sombres des deux guerres mondiales et de la guerre froide, l'histoire nous livre de nombreux exemples de violations graves du droit de la neutralité. De ce fait, l'initiative sur la neutralité vise à remplacer des pratiques diplomatiques ayant fait leurs preuves par une neutralité inerte et incapable de s'adapter aux évolutions géopolitiques.
Toutefois, il serait naïf d'ignorer les débats actuels autour de la neutralité helvétique. La guerre en Ukraine, la situation à Gaza et les revirements du géant américain ont ébranlé un grand nombre de certitudes géopolitiques. Il s'agit pour nous d'y répondre de façon claire, d'autant plus que la population sera vraiment étonnée lorsqu'elle apprendra que la neutralité, à laquelle elle est très attachée, ne figure même pas dans la Constitution.
Ainsi, le contre-projet du Conseil des États répondait à cette exigence tout en évitant les erreurs et les errances de l'initiative, qui confond droit de neutralité et politique étrangère. Ce contre-projet propose un modèle non pas de fin de série, mais un modèle à succès comportant trois atouts. Premièrement avec le contre-projet, la Suisse inscrit formellement la neutralité dans sa Constitution et se fixe une ligne de conduite claire sans être rigide. Deuxièmement avec le contre-projet, notre pays renforce sa place diplomatique comme espace de négociation et reste attentif au respect du droit international. Troisièmement avec le contre-projet, la Suisse reste un acteur international fiable par ses bons offices et sa pratique pragmatique et moderne de la neutralité armée et perpétuelle. Cette fiabilité est la source même de notre prospérité. Entre un héritage poussiéreux à préserver et un atout stratégique pour demain, mon choix est fait.
Je vous appelle à recommander fermement le rejet de l'initiative et à soutenir le contre-projet le plus proche de celui du Conseil des États. [PAGE 160]