Maillard Pierre-Yves · Ständerat · 2026-03-11
Maillard Pierre-Yves · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-03-11
Wortprotokoll
Je serai très bref. Après ce long débat, j'ai quand même une remarque à faire, parce qu'elle n'a pas encore été faite. Dans ce débat, on entend les uns affirmer que la stratégie ne sera pas atteinte seulement avec les énergies renouvelables et qu'il faut donc élargir la [PAGE 182] stratégie à l'atome. À la limite, je serais même ouvert à cette discussion[NB]: les chiffres annoncés sont très convaincants. Le problème est qu'on doit interroger le sens même du mot "stratégie". Quel est le sens d'utiliser ce mot quand notre Confédération ne possède aucune capacité de production propre, qu'elle ne met pas d'argent dans l'investissement et que nous avons ouvert ce secteur au marché libre, c'est-à-dire que les investisseurs décident ce qui se fera[NB]? Nous sommes simplement en train de discuter de savoir ce que nous autorisons comme technologie, quels mécanismes incitatifs nous mettons en place, mais nous n'avons pas le premier franc et pas le premier opérateur pour appliquer une stratégie. C'est comme si on voulait partir en guerre, mais qu'on n'a pas d'armée. C'est quand même l'éléphant au milieu de la pièce.
Ce Parlement a décidé de libéraliser le secteur énergétique, de se priver d'influence dans ce domaine et de laisser les forces du marché décider ce qui se fait ou ce qui ne se fait pas. Nous irons même plus loin, puisqu'il s'agit maintenant d'ouvrir complètement le marché libéralisé et de supprimer le seul secteur réservé. Si on veut parler de stratégie, nous devrions avoir un Conseil fédéral qui vient nous dire[NB]: "Voici ce qu'on construira, voici où on le construira et voici les objectifs qu'on veut atteindre". Alors seulement on pourra parler de stratégie, mais, pour l'instant, on ne met en place que des taxes incitatives, quelques autorisations pour des technologies et on croit qu'en 2050, on pourra compter les térawattheures qu'on aura produits. Cependant, tout dépendra des investisseurs. Dans un système de prix volatils qui change toutes les heures, comment voulez-vous que les investisseurs aient la sécurité suffisante pour faire les investissements qui nous sont nécessaires[NB]?
Cet élément devait être dit dans ce débat. Si nous voulons faire une stratégie d'autonomie et d'indépendance énergétique, nous avons besoin de reprendre le contrôle de ce secteur, d'avoir un mot et d'utiliser un mot qui est devenu tabou[NB]: c'est le mot "planification". Nous devons revenir à cette logique, comme nos anciens l'ont fait. C'est grâce à cette logique que nous pouvons encore aujourd'hui avoir des lignes à haute tension, des barrages et une capacité de production suisse. Cependant, si nous laissons les forces du marché continuer, tout ce débat est assez stérile, parce qu'en réalité, on ne peut pas faire de stratégie quand on n'a pas d'opérateurs qui nous appartiennent et des moyens qu'on investit.