Amoos Emmanuel · Nationalrat · 2026-03-18
Amoos Emmanuel · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-03-18
Wortprotokoll
Nous débattons aujourd'hui d'un sujet qui peut paraître un peu technique, mais qui est en réalité extrêmement simple[NB]: la protection de la santé de nos enfants. Ma motion propose que les PFAS et les perturbateurs endocriniens soient interdits dans les jouets d'ici 2030.
Derrière ces termes scientifiques se cachent des substances dont les effets sont aujourd'hui largement documentés. Elles peuvent interférer avec le système hormonal, perturber le développement des enfants, et certaines d'entre elles persistent dans l'environnement et l'organisme pendant des décennies. Les PFAS sont d'ailleurs souvent appelés polluants éternels. Une fois dans notre organisme, ils ne disparaissent presque pas, ils s'y accumulent. Ils se retrouvent dans les objets du quotidien, y compris dans les jouets destinés aux plus jeunes. La Fédération romande des consommateurs a d'ailleurs publié, le 3 mars dernier, un test mimant la réalité[NB]; dix-huit modèles de doudous relâchent des PFAS dans la salive des bébés. Un tiers d'entre eux le font à des niveaux préoccupants ou à surveiller.
La question que nous devons nous poser est donc simple. Acceptons-nous que ces substances potentiellement nocives soient présentes dans les objets que les enfants portent à leur bouche, manipulent pendant des heures et gardent parfois contre leur peau[NB]? Je ne le crois pas. La science a considérablement progressé ces dernières années. Nous savons désormais que certains perturbateurs endocriniens peuvent agir à très faible dose, notamment pendant les périodes critiques du développement, soit la petite enfance, la grossesse et la puberté. Les conséquences peuvent concerner la fertilité, le développement neurologique ou encore le métabolisme.
Face à ces risques, le principe de précaution n'est pas une idéologie, mais une responsabilité politique. Certains membres du groupe UDC affirment que cette motion créerait des contraintes inutiles pour l'économie. Permettez-moi de répondre clairement à cet argument. Premièrement, la motion prévoit un délai jusqu'en 2030. Cela laisse plusieurs années à l'industrie pour adapter ses processus, développer des alternatives et sécuriser ses chaînes d'approvisionnement.
Deuxièmement, de nombreuses entreprises ont déjà commencé cette transition. Les alternatives existent et elles se développent rapidement. Les fabricants de jouets savent que les consommatrices et consommateurs, et surtout les parents, exigent des produits sûrs pour leurs enfants. Troisièmement, la Suisse ne peut pas ignorer ce qui se passe autour d'elle. L'Union européenne vient de conclure un accord visant à interdire ces substances dans les jouets d'ici 2030. Si nous restons passifs, nous risquons simplement de devenir la poubelle de jouets contenant des PFAS et des perturbateurs endocriniens de l'Europe. Agir maintenant, c'est aussi donner de la prévisibilité à l'industrie et éviter une adaptation précipitée plus tard.
Au-delà de ces considérations économiques, il y a une question de confiance. Lorsque des parents achètent un jouet en Suisse, ils doivent pouvoir être certains que ce produit ne met pas en danger la santé de leur enfant. Cette confiance est essentielle. Elle repose sur des normes strictes, sur une surveillance sérieuse et sur la capacité de notre Parlement à anticiper les risques. L'histoire de la politique sanitaire nous a appris une leçon importante[NB]: attendre peut coûter très cher. Nous l'avons vu avec l'amiante ou avec d'autres substances chimiques qui ont été autorisées pendant des années avant que leurs effets ne soient pleinement reconnus. Nous avons aujourd'hui l'occasion d'agir avant que les dommages ne soient irréversibles. Interdire les PFAS et les perturbateurs endocriniens dans les jouets d'ici 2030 est une mesure raisonnable, proportionnée et responsable. Raisonnable parce qu'elle vise des produits destinés aux enfants, la population la plus vulnérable. Proportionnée parce qu'elle prévoit un calendrier clair et laisse le temps nécessaire à l'adaptation. Responsable parce qu'elle protège la santé publique tout en encourageant l'évolution vers des matériaux plus sûrs.
Nous avons le devoir de créer un environnement dans lequel les enfants peuvent jouer, apprendre et grandir sans être exposés à des substances dangereuses. Ce n'est pas une question partisane, c'est une question de santé publique, de prévention et de responsabilité envers les générations futures. Je vous invite donc à soutenir ma motion.