Mahaim Raphaël · Nationalrat · 2026-04-30
Mahaim Raphaël · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2026-04-30
Wortprotokoll
"Être né quelque part, c'est toujours un hasard", chantait Maxime Le Forestier. Cette phrase est peut-être plus vraie aujourd'hui que jamais. Être né en Suisse au XXIe siècle, c'est un immense privilège. Je suis, comme beaucoup dans cet hémicycle, né en Suisse, sur sol suisse, de parents suisses, et j'ai eu, dès les premiers jours de ma vie, ce passeport suisse, qui représente à l'échelle internationale peut-être l'un des plus grands privilèges que l'on puisse posséder au niveau de l'accès aux ressources, au voyage, de la richesse matérielle et politique. La Suisse est un pays, je n'ai pas besoin de le dire ici, qui jouit d'une stabilité économique et d'une stabilité sociale absolument inouïes. Ce privilège, je n'ai strictement rien fait pour le mériter, je n'ai absolument rien fait pour le mériter. D'autres, dans d'autres pays, auraient peut-être envie d'avoir accès à ce privilège. Évidemment, il ne s'agit pas de le distribuer dans une pochette de surprises. Tel n'est pas le but de cette initiative. Le moins que l'on puisse faire, lorsque l'on a ce privilège, c'est de se demander comment d'autres, peut-être, à certaines conditions, dans certaines circonstances, peuvent accéder à ce privilège.
La première chose que nous pouvons faire, c'est poser des règles du jeu qui sont équitables. Équitables, parce que, oui, aujourd'hui, il n'est pas acceptable que, selon que l'on habite à Zoug, à Genève ou à Schaffhouse, les conditions pour obtenir ce sésame ne soient pas les mêmes. Ce n'est pas acceptable. Il ne s'agit pas du passeport zougois, du passeport genevois ou du passeport d'un autre canton. Il s'agit du passeport suisse. Nous devons donc définir ensemble les conditions pour savoir comment, pourquoi et pour qui ce sésame est accessible. Les règles du jeu doivent donc être fixées au niveau de la Confédération.
La seconde chose que nous puissions faire, c'est ouvrir les yeux sur la réalité de notre pays, qui comprend un quart d'habitants de longue date qui n'ont absolument pas voix au chapitre, des personnes qui vivent ici, qui travaillent ici, selon la formule que l'on connaît bien, et qui sont exclues des décisions que nous prenons démocratiquement. Bien sûr, la démocratie n'est pas parfaite. Elle ne peut pas être complète. Il y a aussi, par exemple, les mineurs qui en sont exclus. Cependant, toutes les démarches qui permettent de la rendre plus vivante, de la rendre plus complète, d'intégrer davantage de force à cette décision collective, sont bienvenues. C'est la raison pour laquelle l'initiative dont nous parlons aujourd'hui est, j'ai envie de dire, le minimum que nous puissions faire pour traiter ce privilège dont la plupart d'entre nous ont hérité, de façon complètement imméritée. Je le répète, c'est une immense chance que nous avons, mais une chance pour laquelle nous n'avons aucun mérite à nous attribuer.
En posant des exigences minimales, en tentant autant que faire se peut d'intégrer dans le corps électoral des personnes qui, de longue date, vivent ici et participent à la prospérité suisse, l'initiative est fondamentale. Elle vise un but qui figure tout en haut des valeurs que notre Constitution défend, cette pluralité, cette intégration, ce vivre ensemble. Je vous invite à la soutenir chaleureusement et à recommander son adoption. Si ce n'est pas ici - car quelque chose me dit que ce ne sera pas ici -, nous referons ce débat devant la population en vue du vote populaire.
[VS]