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Clivaz Christophe · Nationalrat · 2026-04-30

Clivaz Christophe · Nationalrat · Wallis · Grüne Fraktion · 2026-04-30

Wortprotokoll

Pour un sujet aussi émotionnel que la gestion du loup, il est difficile de raison garder, et cette motion en est une nouvelle illustration. Cette motion est le reflet d'un débat mal mené sur les loups. L'idée selon laquelle il serait possible de réguler un phénomène écologique complexe à l'aide de seuils résulte d'une méconnaissance de la réalité et de l'ignorance des acquis de la recherche scientifique, qui est pourtant financée par de l'argent public et devrait servir à orienter nos choix politiques. Que le[NB]Conseil[NB]fédéral[NB]propose d'accepter cette motion est tout simplement incompréhensible et montre le peu d'intérêt qu'il porte, sur ce dossier, aux connaissances scientifiques en la matière.

Cette motion est problématique à plusieurs égards, que ce soit en matière d'appauvrissement de la diversité génétique de l'espèce ou de respect de la Convention de Berne. J'aimerais concentrer mon argumentaire sur la question des attaques de loups sur les troupeaux. Quelles sont les connaissances actuelles en la matière[NB]? Premièrement, le discours prônant une croissance effrénée des populations de loups n'est pas défendable d'un point de vue scientifique. Dans le débat politique, on dépeint sans cesse une population de loups qui, sans intervention régulière, exploserait de manière incontrôlée. Cependant, les populations de loups sont, elles aussi, soumises à des limites naturelles, notamment le gibier à disposition et la concurrence entre les meutes. Ceux qui continuent malgré tout à véhiculer l'idée d'une croissance infinie des populations de loups ne font que dramatiser la situation, ce qui contribue à envenimer le débat plutôt qu'à trouver des solutions.

Deuxièmement, le loup est un bouc émissaire facile pour expliquer les difficultés des filières ovine et bovine. Bien sûr, les attaques de loups contre les troupeaux sont préoccupantes et doivent être prises au sérieux. Cependant, le débat politique donne souvent l'impression que le loup est le problème central de l'économie alpestre. C'est une vision déformée de la réalité. En 2024, hors animaux conduits à l'abattage, seuls 2 pour cent des moutons sont morts à cause d'attaques de loups[NB]; dans ces situations, les éleveurs ont été dédommagés. 98 pour cent, soit 57[NB]000 moutons, sont morts à l'étable ou à l'alpage[NB]; un chiffre en constante hausse ces dernières années. Cependant, cette mortalité élevée n'intéresse pas le monde politique. C'est pourtant là que nous devrions trouver des solutions et plus généralement améliorer la valorisation de la viande et de la laine des moutons.

Troisièmement, le tir proactif du loup est une solution qui peut se révéler contre-productive. Les meutes de loups sont socialement structurées. Par conséquent, si l'on détruit des structures de meutes stables, cela peut entraîner une augmentation du nombre de loups isolés et inexpérimentés qui seront plus enclins à s'attaquer à des animaux de rente.

Quatrièmement, le loup est bénéfique pour la protection des forêts. Le loup est un prédateur naturel. Sa présence est gage d'un meilleur équilibre écologique. Là où il est présent, on constate que les forêts peuvent mieux se régénérer et assurer notamment leurs fonctions de protection[NB]; ce qui signifie également des coûts en moins pour l'État, qui ne doit pas recourir à des mesures coûteuses pour protéger les jeunes arbres de l'abroutissement par les ongulés.

Cinquièmement, la régulation proactive coûte cher tout en étant inefficace. Prenons l'exemple de mon canton, le Valais[NB]: en 2024, 16[NB]400 heures ont été consacrées par l'administration valaisanne à la gestion et aux tirs de régulation du loup. La régulation proactive coûte donc cher et on peut légitimement se demander si l'argent du contribuable est bien utilisé et s'il est utile que des gardes-chasse consacrent des journées et des nuits entières à tirer des loups sans que l'effet bénéfique de ces tirs de régulation soit démontré. Malgré la centaine de loups abattus ces deux dernières années en raison d'une régulation proactive, les dégâts sur les troupeaux sont stables.

Sixièmement, les mesures de protection des troupeaux fonctionnent. Il faut une mise en oeuvre conséquente des mesures de protection des troupeaux qui se révèlent être les seules à permettre de diminuer les dégâts. La grande majorité des dégâts ont en effet lieu dans des alpages non protégés. C'est dans la protection des troupeaux que la Confédération doit investir de l'argent, pas dans des mesures de régulation proactive inefficaces. En Suisse, la diminution des dégâts aux troupeaux a bien eu lieu avant la mise en oeuvre [PAGE 854] de la régulation proactive, et cette dernière n'a pas fait baisser le nombre d'attaques, comme je viens de le souligner.

Tirer tous les loups et meutes de loups qui dépassent un seuil maximal défini a priori, y compris tous ceux qui ne posent aucun problème, est une solution à la fois cruelle pour ces animaux sauvages, contre-productive en matière de réduction des attaques sur les troupeaux, non fondée sur le plan scientifique et extrêmement coûteuse pour le contribuable.

Je vous prie par conséquent de mettre fin à l'obscurantisme dans ce dossier et de rejeter cette motion. Le loup se prête certes bien à l'indignation politique et à l'électoralisme, mais cela ne suffit pas pour apporter des solutions efficaces[NB]; des solutions que les éleveurs méritent.