Docourt Martine · Nationalrat · 2026-06-08
Docourt Martine · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-06-08
Wortprotokoll
Évacuations massives, contamination de territoires agricoles, difficultés économiques durables, problèmes de santé[NB]: Fukushima est devenu l'un des symboles des conséquences humaines, sociales et économiques qu'un accident nucléaire peut engendrer pendant des décennies. Cet accident a profondément marqué la Suisse. En 2011, le Conseil fédéral annonçait sa volonté de sortir progressivement du nucléaire. Cette orientation a ensuite été confirmée par le Parlement, puis par le peuple avec l'acceptation de la stratégie énergétique 2050. Nous savions alors qu'il faudrait développer les énergies renouvelables et moderniser notre système énergétique. Les crises géopolitiques récentes nous rappellent d'ailleurs combien l'indépendance énergétique est devenue une question stratégique. Pour le groupe socialiste, cette indépendance ne peut toutefois pas servir de prétexte à un retour vers une technologie dont la Suisse a démocratiquement décidé de sortir. Nous ne pouvons pas non plus accepter la réponse proposée par le Conseil fédéral. Disons-le franchement[NB]: ce contre-projet reprend l'essentiel de l'initiative Stop au blackout, sans même donner au peuple la possibilité de se prononcer.
Le débat qui nous occupe aujourd'hui porte donc sur la vision que nous avons de l'avenir énergétique de notre pays. Les partisans du retour du nucléaire invoquent la sécurité d'approvisionnement, l'indépendance énergétique et la protection du climat. Pourtant, les faits démontrent que les nouvelles centrales nucléaires ne répondent en aucun cas à ces objectifs. Tout d'abord, le nucléaire ne renforce pas notre indépendance, il nous rend dépendants. La Suisse ne possède pas d'uranium. L'intégralité du combustible nécessaire doit être importée, souvent depuis des régions politiquement instables ou liées à des régimes autoritaires. Nous remplacerions ainsi une dépendance au pétrole et au gaz par une dépendance à l'uranium. La véritable souveraineté énergétique consiste à produire notre énergie grâce à nos propres ressources[NB]: le soleil, le vent et l'eau.
Ensuite, le nucléaire arrive beaucoup trop tard. Les experts estiment qu'il faudrait au minimum 20 ans avant qu'une nouvelle centrale puisse produire son premier kilowattheure. De plus, le nucléaire est extrêmement coûteux. Les exemples de Flamanville et d'Olkiluoto montrent tous la même réalité[NB]: retards, dépassements de coûts et factures toujours plus élevées. À la fin, ce sont les contribuables et les consommatrices et les consommateurs qui paient. Disons clairement que chaque milliard investi dans une nouvelle centrale est un milliard qui ne sera pas investi dans les énergies renouvelables.
Puis, le nucléaire n'est pas la solution climatique que certains prétendent. Certes, une centrale émet peu de CO2 durant son exploitation, mais l'extraction de l'uranium, son enrichissement, son transport, la construction des installations, leur démantèlement et la gestion des déchets génèrent bel et bien des émissions. Face à l'urgence climatique, nous avons besoin de solutions disponibles aujourd'hui, pas de promesses pour 2050.
Finalement, les risques demeurent et demeureront toujours. Tchernobyl et Fukushima nous rappellent qu'un accident nucléaire, même improbable, peut avoir des conséquences immenses. À cela s'ajoutent désormais les risques de sabotage, de cyberattaques ou climatiques. Quant aux déchets, ils continueront à représenter un danger durant des périodes qui dépassent largement l'horizon de nos générations, alors que nous n'avons toujours pas trouvé de solution pour leur stockage pour la période actuelle.
Le véritable choix n'est pas entre le nucléaire et le blackout. Le véritable choix est entre une stratégie centralisée, coûteuse, lente et dépendante de l'étranger, et un système énergétique moderne fondé sur les énergies renouvelables, le stockage et l'efficacité énergétique. La Suisse a déjà engagé cette transition par différentes révisions de lois dans le domaine de l'énergie. Les technologies existent et les résultats sont déjà visibles. Ne détournons pas notre attention, notre temps et nos moyens financiers vers une impasse dangereuse et coûteuse. Pour une énergie sûre, abordable, locale et compatible avec nos objectifs climatiques, le groupe socialiste s'oppose certes au retour du nucléaire, mais s'oppose surtout à ce que ce contre-projet soit accepté sans qu'il y ait un réel approfondissement des questions financières, sécuritaires, de gestion des déchets ou encore des aspects techniques des énergies renouvelables.
C'est pourquoi le groupe socialiste vous invite à suivre les différentes minorités maintenues pour le renvoi au Conseil fédéral et d'autres minorités.