Chollet Clarence · Nationalrat · 2026-06-15
Chollet Clarence · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2026-06-15
Wortprotokoll
En 2017, le peuple suisse a tourné une page de son histoire énergétique[NB]: avec 58 pour cent des voix, il a décidé de ne plus construire de nouvelles centrales nucléaires et d'investir dans les énergies renouvelables. C'était un choix clair, un choix démocratique, un choix tourné vers l'avenir. Neuf ans plus tard, le Conseil fédéral et une majorité de ce Parlement veulent revenir sur cette décision populaire. Pourquoi[NB]? Au nom de la sécurité d'approvisionnement. Le Conseil fédéral et la droite prétendent répondre au risque d'une pénurie d'électricité en rouvrant la porte au nucléaire. Pourtant, aucune nouvelle centrale ne produira le moindre kilowattheure avant plusieurs décennies. Personne, même, n'est en mesure de dire si une telle centrale sera un jour construite. Car aujourd'hui, aucun acteur n'est prêt à investir dans une technologie aussi coûteuse, aussi risquée et aussi incertaine. Et quand bien même un projet émergerait, où serait-il construit, dans un pays où l'implantation de quelques éoliennes suscite déjà des oppositions considérables[NB]?
On nous promet davantage d'indépendance énergétique[NB]; c'est une illusion. Remplacer une dépendance au pétrole par une dépendance à l'uranium ne nous rend pas plus souverains. La véritable indépendance consiste à produire notre énergie ici, en Suisse, grâce à notre soleil, nos cours d'eau et notre vent. Et que dire des déchets radioactifs[NB]? Aucune réponse convaincante n'est apportée à cette question, alors même que la gestion des déchets issus des centrales actuelles représente déjà un défi immense. Nous reportons ce problème sur les générations futures pour notre prétendu confort d'aujourd'hui.
Rouvrir la voie nucléaire, c'est affaiblir le tournant énergétique engagé par notre pays. Chaque franc investi dans le nucléaire est un franc qui ne l'est pas dans les énergies renouvelables. Pourtant, elles ne sont pas seulement plus propres, elles sont démocratiques, décentralisées et elles renforcent notre autonomie. Le mix énergétique présenté dans notre stratégie énergétique est crédible. Le concrétiser est possible. Notre hydraulique constitue déjà le pilier de notre approvisionnement. Les autres énergies renouvelables sont complémentaires pour fournir le reste. Tout cela en toute autonomie, sans subir les conséquences des guerres et autres crises géopolitiques.
Le projet qui nous est proposé repose sur des bases particulièrement fragiles, et de nombreuses questions sont laissées sans réponse. Quels seront les coûts réels[NB]? Qui payera[NB]? Quel impact ce projet aura-t-il sur le développement des énergies renouvelables[NB]? Que ferons-nous des déchets[NB]? Autant de questions fondamentales auxquelles le Conseil fédéral n'apporte aucune réponse sérieuse.
Et puis, il y a la question du risque. Avons-nous déjà oublié Tchernobyl, Fukushima[NB]? À l'heure où les tensions géopolitiques se multiplient, où les cyberattaques se perfectionnent et où les événements climatiques extrêmes deviennent plus fréquents, comment peut-on prétendre qu'une centrale nucléaire est une infrastructure sûre[NB]? Les événements récents autour de la centrale nucléaire de Zaporijia nous rappellent que le risque nucléaire n'est pas une crainte lointaine.
Aujourd'hui, le Conseil fédéral nous propose un contre-projet qui est un copier-coller de l'initiative populaire Stop au blackout. C'est un énorme déni de démocratie. Non seulement on veut annuler une décision populaire claire, mais en plus on veut le faire de manière malhonnête. Ce contre-projet n'est acceptable ni dans sa forme ni dans son fond. Le vrai débat n'oppose pas le nucléaire au blackout. Il oppose deux visions de l'avenir[NB]: d'un côté, une technologie centralisée, coûteuse, dépendante de ressources importées et porteuse de risques que nous léguerons aux générations futures[NB]; de l'autre, un système fondé sur des énergies renouvelables, l'efficacité énergétique, le stockage et l'innovation. La Suisse a choisi cette voie en 2017. Elle reste aujourd'hui la plus sûre, la plus durable et la plus cohérente. Nous n'avons aucune raison de faire marche arrière. Je vous invite donc à recommander le rejet de cette initiative et à refuser son contre-projet.