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preparatory:AB 39427

Calmy-Rey Micheline · Bundesrat · Genf · 2003-12-16

Wortprotokoll

Le Conseil fédéral a, plusieurs fois déjà, dans ses réponses à des interventions parlementaires, regretté et condamné les tragiques déportations en masse et les massacres qui ont marqué la fin de l'Empire ottoman et causé la mort d'un nombre extrêmement élevé d'Arméniens. Il ne fait pas de doute qu'il s'agit là d'un chapitre douloureux et délicat de l'histoire de la Turquie qui ne doit pas rester tabou. Il est en effet important pour chaque Etat de faire un travail de mémoire collective, même sur les événements sombres de son histoire et même s'il s'agit d'un travail difficile, comme nous en avons fait l'expérience en Suisse récemment.

La question qui se pose est celle de l'attitude que la Suisse devrait avoir face à ces événements tragiques survenus il y a près d'un siècle. La politique du Conseil fédéral met l'accent sur le dialogue politique régulier avec la Turquie et vise [PAGE 2022] à un équilibre durable dans le Caucase, en particulier à des relations apaisées entre la Turquie et l'Arménie. Dans le cadre de ce dialogue, la Suisse a plusieurs fois abordé la question arménienne et encouragé la Turquie à adopter une politique plus conciliante à l'égard de l'Arménie. Il s'est avéré que la question arménienne peut être discutée assez ouvertement en Turquie et que les historiens peuvent y conduire leurs recherches. En revanche, les déclarations politiques émanant de l'étranger n'ont pas l'effet souhaité. Lorsque l'histoire est en cause, les pressions extérieures sont souvent ressenties comme étant injustes: la Suisse elle-même en a fait l'expérience dans un passé récent, et il est probable que l'adoption du postulat dont il est ici question aurait pour effet de renforcer la Turquie dans son attitude défensive. Nous en avons fait l'expérience, en effet, peu de temps après l'adoption d'un postulat sur le génocide arménien par le Grand Conseil vaudois en septembre 2003: la Turquie a reporté le voyage que je devais y effectuer.

L'acceptation de ce postulat, au lieu d'être comprise comme un message de justice par les deux parties, pourrait donc avoir l'effet contraire et ajouter encore à la charge émotionnelle qui pèse sur la question arménienne, et la formulation du postulat qui prévoit une reconnaissance parlementaire ne change rien au fait qu'une décision du Conseil national serait très largement interprétée comme une décision de la Suisse.

C'est la raison pour laquelle je vous propose de rejeter le postulat.

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